«Scènes de vie villageoise» paru en 2009 (en 2010 pour la traduction française) fait vivre en sept nouvelles la communauté des habitants du village imaginaire de Tel-Ilan en Israël.

Malgré la nature accueillante qui l’entoure, avec ses vignes et ses grand cyprès, le village est le reflet de l’inquiétude, de la nostalgie et de l’incertitude qui assaillit les personnages du lieu. Sous l’effet de la spéculation immobilière, le village se transforme, il devient un lieu de villégiature bourgeois et une destination touristique avec ses caves à vin, ses galeries d’art, ses magasins d’artisanat et de produits agricoles haut de gamme. Les fermes désaffectées restant en déshérence sont les marques du temps qui passe et d’un monde finissant.

La chaleur écrasante, les jappements des chacals, les tirs sporadiques lointains, les aboiements nocturnes accroissent l’inquiétude, d’habitants désarmés face à des événements qui les déconcertent ou qui révèlent leurs failles, dont le cours de la vie devient tout à coup incertain, incompris.

Ainsi Gili Steiner, médecin du dispensaire, vieille fille compétente mais froide, attend à l’arrêt de bus son neveu Gideon. Celui-ci n’arrive pas, et son esprit vogue sur les souvenirs tendres ou les accrochages avec ce neveu qu’elle aime plus que tout au monde, tout en développant les angoisses de le savoir perdu.

On est aussi saisi par la duplicité et la sourde inquiétude de Yossi Sasson, agent immobilier du village, qui rêve de faire main basse sur l’immense demeure de la veuve d’un auteur reconnu d’ouvrages sur la Shoah, alors que Yardena, la fille de l’écrivain, l’entraîne, séductrice, à sa suite dans les recoins intimes de la vieille demeure.

Amos Oz mêle les émotions dans des courtes nouvelles comme un tisserand ; le désir, l’angoisse sans objet, l’étonnement douloureux et la mélancolie. La dernière nouvelle du recueil, « Ailleurs, dans un autre temps », nous emmène dans un village beaucoup plus sinistre, un cloaque, dans une atmosphère qui rappelle les Saisons de Maurice Pons, et nous laisse nous aussi dans l’incertitude.
MarianneL
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le 19 juil. 2013

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