Avec avoir découvert Richard Morgan au travers de son roman de science fiction Thin Air, j'ai voulu en découvrir davantage sur un écrivain qui m'avait fait forte impression. Je me suis alors aperçu que Black Man se situait dans le même univers futuriste et j'ai à nouveau plongé dedans avec délectation.
Au delà son univers, solidement charpenté, qui structure ce récit, de nombreuses similitudes apparaissent entre ces deux histoires : des humains améliorés pour des besoins militaires et financiers, des intérêts de corporations et structures étatistes qui se télescopent, des sociétés qui se délitent, un antagonisme fort entre la planète mère et Mars, à la fois rêve et repoussoir...
Outre cette anticipation de ce que pourraient devenir nos sociétés dans un siècle, l'auteur profite de cette enquête (car oui, c'est le moteur de l'action) pour apporter des éléments de réflexion au lecteur sur le sens des religions, de leur place dans les états, sur l'éthique, la politique, les rapports humains complexes et ambigus. C'est captivant.
Mais si le contexte s'avère passionnant et foisonnant, l'enquête n'est pas en reste :
Un vaisseau en provenance de Mars se crashe dans l'océan et il semble qu'un survivant en réchappe pour commettre des meurtres en série. Un concours de circonstances a priori impossible, tant la sécurité est drastique entre les deux planètes. La plus puissante corporation, LINCOLN, a qui appartient ce vaisseau, va alors diligenter une enquête. Un cadre, Tom Norton, et une ancienne flic, Sevgi Ertekin, vont conjuguer leurs efforts pour tenter de débusquer l'assassin. Au vu de son profil atypique, ils vont faire appel à Carl Marsalis, un treize (une variante génétique), pour les épauler dans cette traque. Ce dernier fait partie d'une série d'humains augmentés et conditionnés jadis pour des besoins militaires. Autant dire que l'empathie et la pondération ne sont pas ses qualités premières...
Ce que j'ai particulièrement apprécié dans ce roman de Richard Morgan, au delà de son background bluffant, de son intrigue au long cours et pleine de rebondissements, ce sont ses personnages. En effet, il prend le temps de les développer et les questions existentielles qui émaillent le récit révèlent peu à peu leur psyché et les motivations profondes qui les animent. Comme le roman est conséquent, près de 800 pages, on s'attache alors à ces êtres complexes, pétris de contradictions. Leurs aspirations, leurs sentiments, leurs doutes nourrissent leur densité. La force des liens qui les unissent ou les opposent les rendent particulièrement réels. C'est ainsi qu'au fil de la narration, des moments particulièrement intenses vont survenir jusqu'à un paroxysme émotionnel situé au trois quarts du récit. J'ai alors pris à ce moment là une véritable claque. C'est vraiment bien ficelé et la plume de l'auteur s'avère très habile.
Certes, l'histoire ne propose pas la même densité tout au long de son déroulé, et certaines parties apparaissent un peu longues, mais c'est à l'image de l'enquête qui piétine épisodiquement. J'ai donc passé un excellent moment de lecture dans cet univers de science fiction qui n'est pas sans rappeler Blade Runner par certains aspects.