Si l'on connaît bien le Cendrillon de Charles Perrault, on est par contre un peu moins familier avec la version des frères Grimm qui diverge sur beaucoup d'aspects en proposant notamment une lecture plus sanglante.
En effet, les auteurs allemands, toujours soucieux que les méchants de leur histoire reçoivent un « juste » châtiment, infligent ici aux belles-soeurs de Cendrillon une série de sévices assez violents. Par exemple, sur ordre de leur mère, celles-ci doivent se couper les orteils et le talon pour réussir, sans succès toutefois, à entrer leur pied dans la pantoufle de verre.
Il faut d'ailleurs noter que l'omniprésence de la marâtre dans ce récit est l'une des autres particularités de ce conte vu que dans les autres versions, ce personnage se trouve en retrait par rapport à ses filles qui fomentent elles-mêmes les complots contre Cendrillon. Ce choix est sans doute dû au fait que les Grimm ont souvent eu l'habitude d'incorporer dans leurs histoires des belles-mères comme antagonistes, celles-ci incarnant le symbole de l'éclatement de la cellule familiale originale.
Enfin, la magie présente dans le conte des Grimm repose sur le fantôme de la mère de Cendrillon et d'un arbre planté sur sa tombe, là ou Perrault avait fait le choix un peu moins spirituel (et finalement plus cartésien) d'y inclure une marraine la fée métamorphosant les objets présents autour d'elle.
Ainsi, toutes ces différences loin d'être anodines permettent de mieux cerner ce qui rend les frères Grimm uniques dans leur approche du conte, avec entre autres l'intégration dans leurs récits d'une dimension morale sans concession.