"Les témoins de l'époque racontent que sa taille l'embarrasse, ses bras surtout lestent ses mouvements gourds et amollis par ce défaut d'énergie qui le constitue, entier, manque d'animer ses moelles irriguées d'un sang pâle, comme intoxiqué. Il allie la noirceur à la blondeur. Triste à mourir, Jacques Fesch? Petit con."

Jacques Fesch défraie la chronique en 1954 à la suite d'un braquage de banque au court duquel il tue un policier. Lors de l'interrogatoire il affirme avoir voulu s'acheter un voilier pour prendre le large. L'idée d'un braquage naît dans son esprit lorsque son père refuse de lui prêter l'argent nécessaire. Une idée qui va tourner à
l 'obssession, jusqu'à la folie.

"L'idée du large te fait rêver, te travaille: partir, frayer avec la masse fauve, fluide, prodigieux foyer électrique, tout en puissance. Il paraît que la mer enveloppe, baigne et nourrit. Il paraît qu'elle rend fou."
En cellule, il vit une conversion fulgurante et entretient une correspondance spirituelle avec un moine dominicain. Condamné à mort en 57 et guillotiné la même année, Monseigneur Lustiger ouvre son procès en béatification en 1993. La justice a fait de Fesch un monstre, l'Eglise veut en faire un saint.

Diane (double romanesque de l'auteur), 34 ans, la nièce de Jacques Fesch, se lance sur les traces d'une histoire familiale enfouie au plus profond des mémoires. Elle consulte les archives, dissèque les chroniques judiciaires, les notes du bourreau, retourne sur les lieux du crime, allant même jusqu'à rencontrer le fils du banquier. Diane voit dans le personnage de Jacques Fesch la figure d'un frère rêvé, d'un frère impossible qu'elle n'a pas eu. Le sentiment de fraternité est un des thèmes qui travaille ce livre. C'est un road trip, une errance intérieure hantée par le spectre d'Antigone. Par sa mémoire, elle veut offrir une sépulture à ce cadavre d'état, enseveli dans la fosse commune de la prison de la Santé.
Petit à petit elle se surprend à s'attacher à lui, à découvrir un personnage sensible et tendre, à se trouver des affinités qui la troublent et la renvoient à ses propre failles.

Parvenant à nous éviter l'appétence un peu morbide qu'on ressent tout un chacun pour les faits divers, à lui ôter sa charge sidérante, Stéphanie Polack nous livre une profonde réflexion sur la vie, l'amour, la relation à soi et aux autres. Avec un style nerveux et vif, elle prouve avec ce 2° roman qu'elle est une des auteurs à suivre de près ces prochaines années.
DanielO
7
Écrit par

Créée

le 19 août 2012

Modifiée

le 5 sept. 2012

Critique lue 257 fois

6 j'aime

3 commentaires

DanielO

Écrit par

Critique lue 257 fois

6
3

D'autres avis sur Comme un frère

Comme un frère
Tempuslegendae
9

FAIT DIVERS

Monstre pour les hommes ou Saint pour l’Église? Telle est la question que toute personne ayant lu ou connu l’histoire de Jacques FESCH est en droit de se poser. Souvenez-vous de ce livre de Gilbert...

le 31 oct. 2013

1 j'aime

Du même critique

The Velvet Underground & Nico
DanielO
10

turn on, tune in, drop out

Golden Gate Park, San Fancisco, le 14 janvier 1967. Timothy Leary, celui qu'on a surnomé le pape du LSD (en réalité un génie du marketing), organise un happening géant (Human Be-In) rassemblant...

le 3 août 2012

84 j'aime

25

Sticky Fingers
DanielO
10

Rocking hard and let's roll!

Après le sardonique "Beggars Banquet", le sanglant "Let It Bleed", un "Get Yer Ya-Ya's Out!" lourd comme le plomb, voici donc le très libidineux "Sticky Fingers". Dès les tous premiers accords de...

le 20 mai 2013

60 j'aime

26

Le Sacrifice
DanielO
10

Critique de Le Sacrifice par DanielO

"Offret" est une oeuvre sur ce que la vie peut parfois avoir à la fois de plus absurde et de sublime. C'est le récit d'un homme dont l'existence en apparence paisible s'interrompt brutalement par...

le 3 nov. 2013

57 j'aime

23