Emmène-moi, emmène-moi par BibliOrnitho
Avec la narratrice (Lara/Lorraine), le lecteur navigue dans la région natale de l'auteur : le nord-est de l'état de New-York, les monts de Chautauqua, ce petit coin dans lequel résidaient les Mulvanney qui ont eu tant de problèmes dans un autre opus de la grande dame.
On navigue entre l'année 1993 (le présent) et les souvenirs d'enfant de Lara/Lorraine entre 1970 et 1971 alors qu'elle était âgée de 5 et 6 ans. En voiture : Ryan (9 ans) est à l'avant, Lara/Lorraine à l'arrière. La mère conduit. Elle ne semble pas dans son état normal et met tout en œuvre pour percuter le train qui arrive au passage à niveau. Dans les semaines qui ont précédées ce terrible accident, la mère semble terrorisée par son mari qui, dit-elle, la poursuit. Elle harcelle ses enfants, joue à les étrangler. L'ombre du père absent plane.
Mais on sait rapidement que Lara/Lorraine survit à la catastrophe car on la retrouve à l'Université de Princeton (encore un lieu cher à l'auteur) vingt-deux ans plus tard alors que celle-ci vient de recevoir un billet pour un spectacle de musique classique. Un billet envoyé par un généreux donateur qui ne s'est pas fait connaître.
Un thriller psychologique à l'atmosphère lourde, oppressante. Un drame familial qui diffère toutefois des Mulvanney et que je trouve plus proche de l'ambiance d'un livre de Dennis Lehane (Sutter Island), haletante, stressante...
Un livre très différent de ceux déjà lus. Une tension bien plus importante avec un personnage principal qui parle à la première personne, directement impliqué au cœur de l'intrigue. Un personnage qui nous livre ses sentiments, ses angoisses. Le lecteur n'est plus du tout dans le schéma d'un narrateur extérieur qui rapporte à la troisième personne des faits sans forcément les juger. On retrouve néanmoins la marque de fabrique de JCO, ses célèbres petites phrases en italiques, sa très belle écriture, ses références littéraires, philosophiques qui émaillent le texte.
Un livre que j'ai pris beaucoup de plaisir à le lire même s'il n'atteint pas, selon moi, les sommets de livres tels que Les Chutes.