"Les nouveaux voisins ont l’air d’être des gens bien comme il faut. C’est drôle, cette phrase si commune et pratiquement idiote me paraît terriblement apaisante désormais. Dernière pensée du monde rationnel, dernière image avant le basculement"
Le ton est donné dès la première page de cette courte nouvelle. Voilà qu’un matin glacial de décembre, la terre tremble et dans une soudaine chaleur torride, en un instant seulement, le paysage se métamorphose : des tournesols géants jaillissent de terre, les cerisiers bourgeonnent et produisent aussitôt des fruits gros comme des poires, les arbres poussent à vue d’œil dans une démesure anarchique. Comme si d’un coup le temps lui-même s’était subitement accéléré. Chronos est devenu fou !
Comme dans un rêve, le lecteur déambule avec le personnage du récit dans un monde étrange et surnaturel qui n’est plus vraiment le nôtre et où la nature semble devenue folle. Le cauchemar ne vient pourtant pas de cette vision de fin du monde mais plutôt de l’aptitude trop grande dans laquelle le commun des mortels semble digérer un tel évènement. Du maire au pragmatisme intéressé aux nouvelles recettes de cuisine diffusées sur les réseaux sociaux, qui de la nature ou de l’homme est le plus désaxé ?
Le récit bascule alors dans une contre-utopie mêlant dérision et critique sociale de manière assez subtile et juste. Malgré le sujet un peu terrifiant, l’humour et le sarcasme ne sont pas absents, son rendez-vous programmé chez le psy - désormais très urgent ! - est quasi burlesque et d’une drôlerie hilarante.
La force du récit réside dans ce flou que l’auteur se plait d’entretenir. Entre rêve hallucinatoire ou fait réel, la vérité vous file toujours entre les doigts, insaisissable.
Le final est quasi mystique. Sa manière d’être présent au monde est celle du poète, soulevant le voile de son esprit pour que dans son être se révèle le mystère de la création.
"Juste sirène ! Je suis de la floraison la graine, la poésie de l’héliotrope qui se retourne enfin vers la muse qui porte en son sein le disque solaire, miroir de tout commencement et de toute fin"
Grégory Huck est un poète, écrivain, traducteur, artiste de scène déclamant ses poèmes en musique, metteur en scène de théâtre et peintre. Il anime également sur Radio Bienvenue Strasbourg "Les amis du souffle sacré", une émission mensuelle entièrement consacrée à la poésie.
En mars 2015, Grégory Huck est invité devant le Parlement européen par la ligue des droits de l’homme afin de donner sa vision sur ce que pourrait être l'union entre les peuples, mais également pour commémorer la mémoire du poète iranien Hashem Shaabani condamné à mort avec quatre autres personnes pour « activités culturelles panarabes » et exécuté par pendaison le 27 janvier 2014.
"Floraison" est paru aux éditions "Abstractions ". Je vous joins le lien vers le portail du site, le détour en vaut vraiment la peine !
https://www.editions-abstractions.com/abstractions