Incontournable Janvier 2024



Pour ceux et celles moins familières avec l'univers policier de la littérature intermédiaire, nos lectrices de 8-12 ans, rares sont les auteurs et autrices qui y vont avec des histoires de meurtres et tout le gratin terminologique du monde judiciaire. J'ai récemment eu la surprise d'en avoir un avec la sombre série suédoise "Les mystères de Mika", une saga qui prend enfin les lecteurs intermédiaires pour de vrais amateurs de policier, loin de ces redondantes et insipides histoires de voisins voleurs d'animaux domestiques ou de vols d'objets. J'ai l'impression que ce groupe d'âge souffre de son jeune âge, parce qu'on veut éviter de parler de violence ( donc de meurtres) et on a le soucis de faire enquêter de jeunes personnages enfants qui ne sont ni de vrais enquêteurs ou sergents-détectives ou de vrais journalistes d'investigation.



Dans ce roman, on a un duo contrasté entre deux détectives très différents: Celui qui est incompétent et peureux, et celui qui est intuitif et organisé. Faites du premier cas un narcissique en mal d'attention un peu dandy sur les bords et de la seconde une jeune pousse qui a la pédale dans le tapis côté audace avec un bonus sur l'art de ne pas céder aux constats erronés dudit narcissique et vous avez le topo sur le duo en présence. J'ai envie de dire qu'ils s'équilibrent bien, mais soyons honnêtes, l'inspecteur Gambas ne sert à rien du tout sinon de compliquer une enquête qui aura été menée plus vite avec l'agente spéciale La Crevette en solo. "On dit qu'il trouve toujours le coupable. ( Même quand il n'y en a pas)."



Côté enquête, on sent l'auteur de policier de la littérature générale ( dans le sens "Littérature adulte"), derrière la richesse du vocabulaire judiciaire et environnemental, qui n'hésite pas à les employer. C'est franchement apprécié, parce que trop souvent, dans les romans policier intermédiaire, je retrouve souvent des enquêtes qui se résolvent grâce à une accumulation de chances quasi indécente, d'indices laissés de façon évidente par des personnages adultes particulièrement cons, et de facilités scénaristiques grossières. Oui, je suis souvent déçue par les romans policier jeunesse des 8-12 ans, parce que je trouve qu'on édulcore trop et qu'on perd l'essence du roman policier qui est de faire réfléchir ses personnages, de réellement investiguer ( donc se buter à des problèmes, de valider des hypothèses,de tourner en rond un peu et de faire appel à un minimum de savoir scientifique ou logique). Et on bute à des personnages trop souvent clivés entre parfaits imbéciles ou quasi-génie qui "jouent" à être détectives. C'est divertissant une fois, pas cinquante. Bref.



Ici, je constate qu'on parle de l'état du cadavre à sa découverte, des facteurs temporels et environnementaux, de la crédibilité des témoins, des incohérences des dépositions des témoins, de la recherche autour des marques laissées sur le cadavre, de dresser la situation sociale et psychologique de la victime, des potentiels suspects et de leur potentiel mobile. Le tout est adoucie par le fait que ce sont des animaux aquatiques, pas des humains. Il n'y a ni cadavre en décomposition ni sang ni arme du crime, d'ailleurs.



Attention, présence de divulgâches à partir d'ici.



Je remarque le thème de l'environnement, présent avec cette marée noire, ces coraux blanchit par la pollution et son eau polluée. Une présence appréciée, puisque cette réalité est la nôtre maintenant. Les impacts sur les océans ne sont pas les plus représentés en littérature jeunesse, plus souvent axée sur les impacts sur les humains que ceux des animaux.



Quand au dénouement, on reste dans un classique: La rivale jalouse. Bon, ça c'est un vilain cliché féminin que de penser que les femmes se tuent pour la gloire en raison d'une jalousie suffocante dans le monde du cinéma. Pour l'originalité du motif, on repassera. D'ailleurs, ç'eut été si simple de rendre le tout moderne en proposant un acteur à la place d'une actrice et un rival jaloux au lieu d'une rivale jalouse. Parfois, on est à un genre de tout révolutionner.



Le tout est allègrement agrémenté d'humour ironique et de jeux de mots, dans un décor hautement coloré à thématique marine anthropomorphique qui a des airs de club med. L'inspecteur Gambas me rappelle les hyperactifs et exubérants personnages de Ace Ventura ou d'Axel Foley, mais avec le narcissisme immature d'un vilain de cartoon ( Genre Loki).



Mention spéciale à cette illustratrice qui a rendu l'Univers encore plus "foufou" avec ces autos marines, ses personnages colorés et ses décors sous-marins urbanisés.



Un policier bien monté à l'humour décapant rempli de bulles qui offre aussi bien une intrigue qu'une occasion de rigoler.




Pour un lectorat intermédiaire à partir du second cycle primaire, 8-9 ans+



Catégorisation: Roman Policier français, littérature jeunesse intermédiaire, 2e cycle primaire, 8-9 ans+

Note: 7/10

Shaynning

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