La résistance racontée de l’intérieur

Joseph Kessel quand il écrit ce roman en 1943 à Londres où il a rallié le général de Gaulle, veut rendre hommage aux hommes et aux femmes qui se battent contre l’occupant et contre le régime de Vichy. C’est ce roman qui a fourni la base du chef d’œuvre de Jean-Pierre Melville en 1969, dans lequel Gerbier est interprété par Lino Ventura et Mathilde par Simone Signoret. C’est sans doute le meilleur film qu’on puisse voir sur la résistance. Kessel connait donc son sujet de l’intérieur et s’est sans doute inspiré de personnages qu’il a croisés ou dont on lui a raconté les actions. A travers Philippe Gerbier, Mathilde, Jean-François, Le Bison ou « Saint Luc », il ne nous décrit pas des « héros » et « héroïnes » capables d’actions surnaturelles, non, il nous montre des êtres humains qui se battent pour survivre et servir ce en quoi ils croient, avec dignité et honneur. Ils sont prêts à laisser leur vie dans ce combat en entrant dans les réseaux de résistance. Mais Kessel évite tout manichéisme : ces hommes et femmes peuvent flancher et trahir (la peur de parler sous la torture de la Gestapo est omniprésente) et celui ou celle qui a parlé doit disparaître, même si c’était pour protéger sa famille. Le roman commence par l’élimination nécessaire d’un jeune résistant qui a trahi et s’achève par la mort déchirante de Mathilde. L’auteur nous montre bien aussi ce que veut dire résister : des actions armées bien sûr contre l’ennemi, mais aussi l’impression de journaux résistants où s’exerce la « pensée libre » (Gerbier en dresse la liste dans une de ses notes), transmettre du courrier ou des infos, écouter la BBC, cacher des soldats britanniques ou des résistants en fuite, même mentir aux soldats allemands en leur indiquant une mauvaise direction…Les risques que ces actions pouvaient entraîner pour ceux et celles qui les avaient commises sont aussi expliqués. Enfin, les motivations qui poussaient à résister étaient très différentes selon les personnes : la place des communistes dans les réseaux est évidemment importante mais Gerbier défend lui plutôt des idéaux gaullistes et il croise même « le baron de V… » entré en résistance car il est monarchiste, non pour défendre la République mais la France : « Je préfère, Monsieur, une France rouge à une France qui rougisse » affirme le baron à Gerbier qu’il cache dans son château. Quelles que soient leurs idées politiques, il s’agit pour ces hommes et femmes de se battre jusqu’à la Victoire, quitte à y laisser leur vie. Même certains policiers appartiennent à la résistance. Un grand roman, dur et réaliste, à conseiller à tout le monde, à commencer par les jeunes afin de mieux comprendre les sacrifices nécessaires quand on se bat pour des idées et ce qu’ont accompli ces « Ombres » est immortel.

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