"Ce qui importe, ce n'est pas la vérité mais la victoire"
Avoir raison ne signifie pas forcément dire la vérité, ainsi pourrait-on résumer en une phrase l'opuscule de Schopenhauer, pourtant déjà bien court. Mieux, selon cette petite merveille, dire la vérité pourrait vous empêcher d'avoir raison. Lors d'une joute verbale, il ne s'agit pas de convaincre mais de persuader, au travers de chausses-trappes pervers et de pièges d'une malignité évidente que durant soixante-dix pages, l'auteur va nous énumérer...
Comment les politiques de l'époque ont-ils pu laisser publier une telle bombe sans trop s'émouvoir ? Mystère, d'autant plus qu'il s'agit là d'une artillerie argumentatoire formidable que l'humanité a mis des siècles à accumuler. Peut-être a-t-on simplement simplement considéré à l'époque, avec raison, qu'avoir raison ne relève pas seulement de l'art du politique, mais aussi et surtout d'un droit ! Un droit de la vie de tous les jours, pour chacun d'entre nous, le droit aux pièges, aux astuces, aux fuites et à la mauvaise foi ! "Si les hommes étaient honnêtes, ils ne chercheraient qu'à trouver la vérité." Évidemment, ce n'est pas le cas.
Venant du plus profond de "la médiocrité naturelle de l'espèce humaine" (notez les guillemets indiquant une citation de l'auteur pessimiste !), la dialectique n'apparaît ici que comme prétexte pour asséner sa supériorité à l'autre tout en sachant pertinemment que l'on a tort.
Saint Schopenhauer, donnez-nous notre hypocrisie quotidienne, apprenez-nous à tromper notre prochain et inondez-nous de votre malhonnêteté intellectuelle salvatrice.
Enseignez-nous l'art de la rouerie, guidez-nous de vos "stratagèmes" consciencieusement numérotés, liste ô combien fascinante de l'incurable malhonnêteté humaine.
Saint Schopenhauer, faites de nous des menteurs, de gros menteurs, de bons menteurs, afin que nous comprenions sous Votre Sainte Egide que la vérité la vérité, c'est qu'il n'y a pas de vérité, qu'à votre côté nous puissions persuader nos contemporains du bien fondé de nos dires, faire dévorer les justes par les imbéciles et faire triompher les mauvais en les grimant du visage du Bien.
Aux côtés du "Prince" de Machiavel, "L'Art d'avoir toujours raison" est sans doute le bloc le plus pur de machiavélisme humain, mélange ô combien brillant mais également terrifiant d'intelligence, de mauvaise foi et d'un regard aigu sur les libertés que l'on se permet souvent de prendre avec sa conscience.
Ainsi soit-il.