Résumé


Un texte proche de la poésie et qui convoque une usine suggérée, fractionnée et dont on se sort jamais, mais dont l'effet répétitif et abstrait ne permet pas de saisir toute la dureté d'une vie d'ouvrier ou d'ouvrière.


Détails


Forts utiles, les deux textes supplémentaires qui sont situées après le texte principal - un entretien entre l'autrice et Marguerite Duras puis une sorte de postface de Maurice Blanchot - permettent de décrypter un peu mieux ce que Leslie Kaplan a souhaité nous dire.


Ainsi, ce sentiment de flou entre les lieus, les moments, s'il peut perturber, est aussi une manière intéressante de démontrer la perte de repères de l'ouvrière, tout comme l'absence de pronom "je" permet une dé-subjectification au profit du "on" désignant les ouvrières.


Les cercles qui structurent le récit défilent, sans que l'on comprenne toujours où l'on se situe. Dans l'usine ? À proximité ? Ou bien très loin ? La description des lieux, des objets, des matières est tout aussi laconique ou alors au contraire trop précise. Dès lors, le texte semble s'attarder sur quelques éléments importants, comme autant de points d'ancrages dans ce monde aliénant. Par ce biais, Leslie Kaplan va tenter de donner à certains éléments une consistance, une température, démontrant que la précision n'est pas forcément synonyme de compréhension.


Ce livre est une idée assez intéressante et originale de la manière de se représenter l'usine et la vie qui l'entoure - et inversement. Mais je trouve que cet exercice stylistique ne permet pas de se rendre compte de nombreux aspects d'une vie d'ouvrière. La focalisation sur les matières omet les structures, du contremaitre au grand patronat, en passant par les responsables politiques, qui sont pourtant les responsables de ces sentiments aliénants.


Seuls quelques paragraphes, notamment à la fin, tentent une approche plus directe, mentionnant un bébé gris, dont la possibilité de vie est fortement questionnée, et que l'on pourrait interpréter comme une dénonciation de la fatalité de la reproduction sociale.


Mais là encore, cela reste suggéré et une grand place est donnée à l'interprétation de chaque lectrice/lecteur. Ce qui est une qualité du texte, mais bien souvent son grand défaut tant il risque de faire passer de nombreux sujets en dehors des radars.


5.75/10

Evan-Risch
6
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le 24 juin 2024

Critique lue 11 fois

Evan Risch

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