Dans la France occupée, François Mauriac est un de ces intellectuels qui luttent de l'intérieur par les mots et la pensée : haut placé et ayant reçus des honneurs avant la guerre, il prend tout de même le risque de se dresser contre l'occupant et le régime de Vichy, là où d'autres de ses collègues profitent de leur rang pour tirer parti de la situation. Ainsi l'aversion de Mauriac pour ce nationalisme en faveur du maréchal Pétain et de son gouvernement : il vise particulièrement Charles Maurras et l'Action Française, pour qui la défaite de la France était moins un drame national qu'une opportunité d'imiter les régimes voisins. Pour Mauriac, la guerre a permis de montrer qu'un certain nationalisme serait prêt à trahir jusqu'à la nation française pour parvenir à ses fins. Ce nationalisme qui a trahi pour Mauriac, est en fait héritier de la pensée politique de Machiavel et de l'absolutisme étatique : sous couvert d'idées nationales, leur volonté était d'installer un pouvoir absolu, obsédé de contrôler la population et d'écraser ce qu'il considère ses ennemis.
Mauriac en vient ainsi à une réflexion sur la pensée politique de Machiavel : celle-ci découle avant tout d'un pessimisme prononcé à l'égard de la nature humaine et les régimes totalitaires ne s'y trompent pas. A l'instar de Bernanos, Mauriac considère que le totalitarisme est d'abord un attentat contre l'être humain et le prix à payer pour reconstituer des sociétés organiques fantasmées par Mussolini ou Hitler est la transformation de millions d'individus en machines froides, prêtes à tout, d'où les monstruosités survenues lors des guerres contemporaines.