Comme d'habitude, je ne fais pas de résumé de l'histoire et je recommande bien sûr la langue originale.
Graham Green à beau avoir déclaré que ce roman faisait partie de ses « entertainment novels », Le Ministère de la Peur se trouve être une œuvre également (et finalement peut-être surtout) intéressante à d'autres niveaux que celui du seul roman d'action.
C'est un récit construit de façon méticuleuse, avec une séparation de l'œuvre en quatre livres, dont les deux principaux (le 1 : The unhappy man, et le 2 : The happy man) se font à la fois écho tout en se voulant contrastants, ainsi qu'avec un chapitrage pertinent et excellemment illustré par des citations toutes tirées de The Little Duke.
C'est une œuvre qui, sous couvert d'un récit à suspens, aborde des thèmes profonds tels que la culpabilité, le mécanisme de la mémoire et de l'oubli, le fonctionnement du subconscient et la nostalgie de l'enfance (et par extension de l'innocence) - à signaler le rôle important que jouent les livres d'enfants pour Arthur Rowe, qui par bien des attraits peut être considéré comme un personnage semi-biographique par rapport à la jeunesse de l'écrivain -.
L'auteur est également parvenu à créer une atmosphère très particulière : étrange, tendue, flottante, assez kafkaïenne (et pour une fois la comparaison est acceptable).
Et comme dans tout bon roman à suspens, Graham Greene nous incite à faire un travail de détective, à l'instar du personnage principal, grâce à un déficit d'information, grâce à des présages et à des indices, et bien sûr à nous méfier de toute manipulation de sa part, manipulation comme celle dont Arthur Rowe semble être la victime.
Au final, j'ai trouvé ce roman plus intéressant au niveau de la maîtrise de sa construction et des réflexions qu'il propose, qu'en tant que roman d'action, car à ce niveau-là, je concède qu'il y avait certainement moyen de faire plus explosif et plus haletant.