Résumé
Un ouvrage surprenant et plaisant à lire malgré des thématiques à la fois plurielles mais quelquefois limitées.
Détails (avec de légers spoils)
Mano de l'autre bord est un roman d'apprentissage découpé en trois parties qui cloisonnent les points de vue de trois personnages différents, avec une focalisation sur la question de l'identité et de l'exil. Les deux premières parties sont très différentes de la dernière, plus longue, et qui se concentre sur la vie de Mano, lui que nous ne connaissons si peu après avoir lu une centaine de pages. La manière dont l'autrice parvient à faire chavirer son récit en fonction des différents chapitres est un aspect très intéressant du livre. Cela permet de démontrer les différentes interprétations de la situation et de construire un voile de mystère sur la situation de Mano.
Centrale, la question de l'identité n'est pas pour autant l'unique thématique de ce livre très riche. Le développement de la vie estudiantine de Mano donnera l'occasion d'évoquer différents traumatismes, allant du colonialisme aux violences sexuelles en passant par l'amour, la parentalité et la difficulté à communiquer.
Écrit avec une volonté de casser certains codes syntaxiques, l'ouvrage peut parfois perturber dans sa narration, mais demeure intéressant durant la quasi totalité des chapitres, bien que les passages mystiques ne soient pas des plus pertinents. Je comprends la logique de retournement qui a probablement présidé à ce choix, mais cela n'apporte pas grand chose au final.
Enfin, si j'ai apprécié une certaine audace dans le choix des sujets évoqués, et une agréable surprise à découvrir tout ce qui pouvait se cacher derrière la jeunesse de ce mystérieux Mao, je pense qu'Antoinette Tidjani Alou aurait pu approfondir certains points, notamment ceux liés au racisme et au mépris de classe inhérent à l'école et au milieu social que Mano côtoie durant ses études.
7/10