Enfin un livre qui parle clairement et crument du regard des hommes (hétéros) sur les femmes ! Toutes les femmes qui croient que seuls les pervers dégénérés portent un regard concupiscent sur elles seraient bien inspirées de lire ce livre. Quant aux hommes, certains y apprendront peut-être à quel point leur regard évaluatif (toute femme est d’abord évaluée comme plus ou moins intéressante du point de vue de leur désir à eux) peut indisposer – pour dire le moins – les femmes, à commencer par leurs propres compagnes.
Bonne idée aussi de s’intéresser aux destins de Nelly Arcan et Britney Spears, ça nous évite la dégoulinade narcissique ; mais avec les quelques allusions au propre destin de l’autrice, écrivaine que des journalistes ont commentée à la radio, oui madame, et que d’autres écrivains célèbres ont regardée, il y a comme une petite ambiance de microcosme qui agace un tantinet, et peut-être affadit le propos. Mais surtout si le livre vise juste, je n’y vois rien qui permette d’envisager un quelconque progrès dans les relations intergenres : comme si Chennevière s’évertuait à retourner contre les hommes la honte et la culpabilité imposées aux femmes, et c’est tout.
Enfin un mot des coquetteries stylistiques adornant l’ouvrage : les virgules vadrouilleuses, on finit par s’y habituer, c’est dire si c’est vain, un peu comme les nœuds dans le torchon avec la lessive Omo. Par contre j’adore cette façon d’amputer les phrases de leurs tronçons tellement banals que ça ne vaut pas la peine de les écrire.