Un classique de la SF ?
Soleil vert est un classique... du cinéma. Je me demandais depuis longtemps ce que valait le roman, dont j'avais beaucoup moins entendu parler. Étrange ? En fait pas tant que ça, mais on va y venir...
le 27 mars 2019
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Soleil vert est un classique... du cinéma.
Je me demandais depuis longtemps ce que valait le roman, dont j'avais beaucoup moins entendu parler. Étrange ? En fait pas tant que ça, mais on va y venir.
Déjà, un point sur le titre français. Bon, il n'a rigoureusement rien à voir avec le roman. je pense que l'éditeur français a repris le titre du film afin de donner une meilleure visibilité au roman. Parce qu'autant Soleil vert colle assez bien au propos du film, autant il n'a rien à voir avec le propos du roman. Le titre v.o. Make room ! Make room ! (que je prends la liberté de traduire par : "Faîtes place ! Faîtes place !") est bien plus éclairant.
Le roman est sorti en 1966, et décrit un New-York surpeuplé (35 millions d'habitants) sur une Terre ravagé par l'exploitation humaine à outrance. Nous sommes en 1999, à quelques mois de l'an 2000. Tout manque. L'eau et la nourriture sont rationnés, le pétrole n'est plus utilisé que pour de rares véhicules et pour fabriquer du plastique.
La Terre est exsangue : presque plus d'animaux, presque plus d'arbres, des sols stériles et improductifs, et une population de sept milliards d'individus à nourrir.
Le roman utilise donc une des thématiques phares des années 60-70 : la surpopulation. Pas un auteur de SF qui ne s'y soit frotté. John Brunner dans Tous à Zanzibar (1968), Robert Silverberg dans Monades urbaines (1971) pour ne citer que ceux qui me viennent immédiatement à l'esprit...
Sur la forme, on est face à un roman noir, avec un perso de flic lancé dans une enquête foireuse qui a ses ramifications avec la pègre locale, une pin-up prête à tout pour ne pas finir à la rue, le tout sur fond d'émeutes de la faim.
Le point de vue de Harrison est intéressant, et se veut comme un signal d'alarme. Il est dit à plusieurs reprises dans le roman qu'il aurait fallu agir 35 ans avant (en 1965 donc) pour éviter la situation dans laquelle se trouvent ses personnages. Le New-York qu'il décrit est sale, miséreux (on n'a pas de quoi se chauffer en hiver, il y fait trop chaud en été), gangrené par le crime, et au bord de l'explosion à cause des restrictions imposées à la population.
Bien sûr, on serait tenté de sourire devant ce tableau, parce que 1999 est déjà loin derrière nous, et les sept milliards d'Humains déjà dépassé depuis un bail, et on n'en est pas encore à la situation qu'il nous décrit. Et pourtant.
On est, je trouve, en plein dans une époque qui va à grands pas vers ce monde cataclysmique. Nous vivons maintenant l'extinction de plus en plus rapide des espèces animales, le réchauffement climatique, la raréfaction des ressources (même si le pétrole n'est pas mort), la déforestation à outrance (on pense à l'Amazonie et à Bornéo, notamment).
Du coup, est-ce que l'avertissement ne reste pas valable ? De mon point de vue si. Cependant, Harry Harrison ne pointe, comme seule cause à cet effondrement, que la surpopulation (on l'a dit, c'était une idée en vogue) qui a mené à une surconsommation. À plusieurs moments, la question du contrôle des naissances est montré comme LA solution qu'il aurait fallu imposer au monde pour échapper à cet enfer.
Je reste perplexe sur ce point. Il me semble que cela participe de la solution, mais que cela ne suffit pas. Changer les modes de production et de consommation, la répartition des ressources, des richesses et éduquer les gens me semble compter tout autant, si ce n'est plus.
Et le film donc ? Et bien, c'est en effet une adaptation du roman d'Harry Harrison, mais qui prend de sacrés libertés avec le livre. S'il en reprend le cadre désespéré et l'intrigue policière de base, il va beaucoup plus loin dans le côté dystopique.
Je ne veux pas spoiler le film, mais pour ceux qui l'ont vu et qui, je pense, se souviendront de la fin (ô combien marquante), il s'agit d'un ajout du film. cette scène n'est pas dans le roman.
On a donc un cas assez rare où le film va plus loin (en bien) que le livre qui est adapté. Pour ce qui est du roman, c'est un honnête polar noir et un honnête roman d'anticipation, sans plus. L'avantage : vous pouvez le lire sans vous spoiler le film.
Créée
le 27 mars 2019
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