Thérèse Raquin par ngc111
Lorsque l'on a pas encore lu beaucoup de Zola (L’Assommoir mais il y a longtemps déjà), nul doute que la brutalité de ce roman peut surprendre. Thérèse Raquin c'est ainsi une histoire sombre, mêlant violence, pulsions sauvages, noirceur implacable... bref bien des maux les plus terribles du genre humain.
Conditionnée par un environnement propice à l'ennui où fermente, en même temps qu'elle se fragilise par une médecine imposée qui n'est nécessaire qu'à son cousin, des désirs qui resteront longtemps non seulement inassouvis mais surtout dissimulés au plus profond de son être ; Thérèse est une jeune fille passive, qui suivra les directions de vie, non pas ordonnées mais placées sur son chemin, par sa tante qui fut chargée de l'élever et de prendre soin d'elle par son père militaire et décédé au combat.
Sa vie n'était qu'un long fleuve tranquille, sans péripéties ni volonté de vouloir faire autre chose que ce qui avait été prévue par sa tante, aux côtés d'un cousin (Camille) malade et lui aussi très protégé mais qui disposait d'une volonté d'agir un peu plus grande et explicite.
Puis vient la rencontre avec Laurent un jeune homme oisif, ancien peintre au talent médiocre dont la nature parasitaire se dissimule derrière une attitude charmante et qui aura tôt fait de séduire Thérèse pour se divertir et économiser sur les filles de joie. Mais la relation va devenir contre toute attente plus passionnée que jamais et va conduire les amants illégitimes à décider et provoquer le meurtre de Camille, afin de jouir en toute sérénité de leur amour (?) et du confort et des biens matériels de la mercière.
L'amour marque vraiment par son absence le roman d’Émile Zola ; le lien qui unit les fougueux Thérèse et Laurent tient avant tout du désir charnel et d'une symbiose physique (en tout cas avant le meurtre), l'union préalable entre Camille et Thérèse est plus une convenance et jamais n'ira au delà de l'ennui et de la froideur malgré ce que Thérèse essaiera de faire à croire à Laurent pour lui donner des remords, et les deux jeunes gens ne se montreront bienveillants envers la tante que tant que l'intérêt du gain sera présent.
L'ennui et la routine eux sont bien présents et froidement mis en avant par la plume de l’écrivain, mais en sortir par le crime à des conséquences plus grandes pour les deux jeunes meurtriers. Assouvir son besoin égoïste de vivre une passion sans contraintes par le meurtre aura des répercussions terribles sur leur santé mentale. Ils se haïront, ne pourront plus se supporter, ne pourront plus même se divertir de cette lancinante impression de vivre avec un cadavre. Zola excelle alors à nous faire ressentir le dégoût et les côtés les plus sombres de l'humain (lorsque les deux époux se rejettent la faute, lorsqu'ils jouent la comédie sur leurs ressentiments ou bien lorsqu'ils en viennent traiter la tante paralysée comme un meuble) ; mais prolonge ce don et l'étire sur trop de pages et trop de chapitres.
Le roman n'est pas bien long et pourtant inéluctablement on en vient à espérer que cela s'achève. Est-ce parce que le récit est étouffant de cruauté et nous suffoque par ses considérations pessimistes sur le genre humain (toute une vie de simagrées sans amour réel pour en arriver à la haine la plus "pure") ou est-ce parce que l'auteur n'a pas su créer un rythme cohérent et adapté, faisant durer au delà du soutenable des descriptions de nature humaine monstrueusement déformées. Il n'en reste pas moins que la dernière partie du livre est trop longue tout simplement.
Thérèse Raquin est au final un livre surprenant, du bon comme du mauvais côté ; lorsque l'on débute le récit on ne s'attend pas forcément à y trouver autant de noirceur, et lorsqu'on le termine on se dit que le roman aurait gagné à se terminer plus vite alors qu'il n'est pas très épais.
Comme pour mieux symboliser une plongée dans les abysses humaines qui n'en terminerait pas...