Tyrannie est le premier roman de Richard Malka, avocat connu pour sa défense de l'hebdomadaire Charlie Hebdo à l'époque des caricatures et déjà scénariste de plusieurs BD (la seule que j'ai lue étant La face karshée de Sarkozy).
Pour son premier roman, Malka voit les choses en grand : un bon pavé de 390 pages détaillant le procès fictif d'un opposant à un régime dictatorial ayant assassiné un de ses représentants sur le territoire français. On y suit l'avocat de la défense qui va tenter d'obtenir l'acquittement de son client qui a reconnu les faits, le tout sous le regard de la communauté internationale, fascinée par ce régime totalitaire.
Honnêtement, j'ai eu du mal à rentrer dans l'histoire. Déjà, c'est très mal écrit, l'auteur use et abuse de phrases courtes qui hachent énormément le rythme du récit. Pire, les sous-intrigues se multiplient à vitesse grand V : on parle à la fois du procès, des relations amoureuses du protagoniste, des raisons qui ont poussées son client au meurtre, et on a même droit à des chapitres suivant le chef du régime dictatorial et de son Ministre de la Défense, alors que ceux-ci n'assisteront jamais au procès.
Ainsi, l'intrigue fait du surplace pendant un long moment.
Pourtant quelque chose se débloque au fil du récit. L'écriture devient plus fluide, sûrement parce que Malka devient plus rodé à l'exercice. Le portrait du Guide Suprême, à défaut d'être pertinent, est glauque à souhait ; et les parenthèses amoureuses servent à souffler entre deux journées de procès, même si elles paraissent avoir été écrites par un puceau en troisième ("gneugneugneu j'ai jamais ressenti ça avant, tu es vraiment mon âme soeur, moi qui me pensait immunisé à l'amour...", pitié quoi).
Ironiquement, c'est au moment des plaidoiries finales que le soufflé retombe. La logorrhée de notre héros en particulier est assez peu convaincante par rapport au discours de l'accusation, il passe des heures à décrire quelques exemples de procès vaguement similaires où l'accusé a été acquitté pour convaincre que sa cause est juste. C'est vraiment une technique faiblarde, et je suis persuadé que c'est un sophisme qui a un nom.
D'autant que le verdict est suivi de deux plot-twists parfaitement inutiles. Ça donne l'impression que Malka ne savait pas comment conclure son roman et qu'il a préféré jouer sur l'effet de surprise au lieu d'apporter une conclusion générale à son récit. Que va devenir le juge malade ? Comment les jurés indécis ont-ils pu être convaincus de voter pour l'acquittement ou la condamnation ? Quel impact aura ce verdict sur la dictature et ses projets à moyen terme ?
Beaucoup de portes sont ouvertes au cours du récit mais peu sont refermées à la fin, dommage.
Il y a aussi tout un build-up qui est mis en place autour de certains membres du jury, ce qui nous laisse penser que leur rôle sera prépondérant lors de la décision finale. Il n'en est rien, les jurés n'interviennent jamais lors de l'audience et leur verdict (donnant certes lieu à un débat houleux) est expédié en un chapitre. Bizarre.
Quoiqu'il en soit, l'histoire reste tout de même intéressante à suivre lors du procès, en particulier lorsque des témoins et experts défilent à la barre et que les avocats redoublent de verve pour convaincre les jurés.
Le récit est également émaillé de réflexions personnelles de Malka, exprimées via son héros. On y parle d'abstention aux élections (l'écriture a sûrement eu lieu pendant les Présidentielles de 2017), du port du voile chez les mineurs, des pseudo-intellectuels des beaux quartiers... Bref, la dictature qu'il décrit lui permet de régler des comptes avec la société moderne. Mais si je partage la plupart de ses points de vue, il faut bien admettre que ces sous-textes parfois imprégnés de moraline sont souvent préjudiciables au rythme du récit.
Surtout qu'on ne va pas se le cacher, c'est assez gênant de voir un avocat écrire un roman dont le héros est un avocat ultra-cool, jeune, talentueux et qui baise bien. Ça fait très auto-fellation quoi.
En bref, ce livre a ses moments de gloire (l'auteur maîtrise sans aucun doute le lexique et les coutumes judiciaires) et Malka a beaucoup de choses à raconter, mais je pense qu'il aurait facilement pu écrire deux romans. Un où il décrit son pays imaginaire, son Histoire, sa politique et ses dirigeants, et un autre où il se concentre sur le procès de l'opposant politique où il peut se permettre de poser un point de vue extérieur sur le régime, avec l'amourette qui fait le fil rouge entre les deux. Ça aurait vraiment rendu le récit plus fluide et on aurait moins l'impression que certains chapitres ont été insérés aléatoirement dans l'intrigue principale.
À voir si ce bon Richard s'est amélioré avec son deuxième roman, Le Voleur d'amour, dont on m'a dit beaucoup de bien.