Autant le dire : je suis très fan de Henry James. Je suis de suite tombé amoureux de son écriture. Je n'ai pas lu grand chose de lui, donc mon avis pourrait encore changer du tout au tout. Mais pour l'instant j'apprécie son univers, ses thématiques, ses personnages, ses situations. Virginia Woolf adorait Henry James : faudra que je lise ses bouquins à elle, parce que son "Journal d'écrivain" était déjà passionnant et que vu l'admiration qu'elle portait pour l'américain, je me dis qu'elle ne peu pas (trop) me décevoir.


Pourtant ce récit a failli me déplaire. En effet, la première moitié ou presque ne consiste qu'en d'agréables moments de conversation. On sent bien poindre un peu les désaccords, mais ils restent bien trop légers pour être signifiants. De ce fait, on s'ennuie un peu de ces sempiternelles promenades dont seul Henry James a le secret. Et puis arrivé au chapitre quatre, tout change. L'auteur adopte le point de vue des dames, approfondit leur psychologie, tord son récit, dévoile une richesse insoupçonnée à ses personnages. J'aime beaucoup car l'auteur est capable de donner autant d'importance aux deux sexes de cette romance et que donc, chacun a l'occasion d'exprimer ses sentiments, son ressenti. Rien que pour ça, il est impossible de dire : c'est lui qui a raison, elle qui a tort (ou l'inverse). Et le récit devient alors un bel ouvrage humaniste (à la fois masculiniste et féministe). La fin est un peu brutale, soudaine, mais en même temps je pense qu'il s'agit là d'une bonne idée que d'ellipser la conversation finale : cela évite de tomber dans la pathos, de répéter ce que chaque personnage a déjà exprimé de son côté.


J'aime beaucoup l'écriture simple de Henry. Son style est très fluide, très simple, il emploie des mots faciles à comprendre, n'hésite pas à se répéter, mais sans jamais donner l'impression qu'il radote, c'est juste qu'il semble écrire comme il parle. D'ailleurs, à certains moments, il s'adresse directement au lecteur, comme s'il était à côté de nous, en tant que narrateur omniscient. J'apprécie également la manière dont il va donner des précisions importantes au détour d'une seule phrase concise : avec peu de mots, il parvient à marquer les esprits.


Petit bémol à faire remarquer : ses personnages ont tendance à trop se ressembler. C'est surtout problématique lorsque, comme dans cette nouvelle-ci, il agit par double : deux hommes d'un côté, deux femmes de l'autre. Les femmes se démarquent un peu plus l'un de l'autre, mais les deux hommes, en revanche, sont très semblables dans leur comportement malgré quelques traits de caractère qui diffèrent.


Bref, après une première moitié correcte mais sans plus (manque d'enjeux), "Un épisode international" devient passionnant comme on peut s'y attendre de la part de Henry James, et ce même si quelques petits défauts apparaissent ici ou là.


PS : je me demande ce que Henry James aurait à dire par rapport à l'internet. S'en servirait-il dans ses romans s'il vivait aujourd'hui. Probablement pas étant donné qu'il est un écrivain du mouvement (ses personnages sont toujours en train de se promener). Mais en même temps, cela touche au jeu des apparences, thème qui lui est si cher et qu'il aurait peut-être bien aimé exploiter (je pense).

Fatpooper
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le 12 avr. 2016

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