Respiration, c'est indéniablement un de mes morceaux de hip hop préférés, au coude-à-coude avec des morceaux comme They Reminisce Over You (T.R.O.Y.) de Pete Rock & C. L. Smooth ou Affirmative Action de Nas. Ces morceaux ont pour points communs une ambiance mélancolique, très urbaine, soutenue par des instrumentaux jazzy d'une grande finesse, plein d'éruditions. Ils correspondent peut-être à un certain moment du hip hop, qui ne reviendra plus, mais vers lequel je reviens souvent, comme cette nuit, pour y chercher une certaine ambiance, une relation plus organique avec ma vi(ll)e de citadin.
Tout concorde dans ce morceau. L'introduction ("Escucha la.... La ciudad respirando"), qui annonce justement ce regard différent porté sur la ville, comme organisme, qui bouge, respire. Le sample de Don Randi (http://www.whosampled.com/sample/3613/Black-Star-Common-Respiration-Don-Randi-Theme-From-The-Fox/ pour vous faire une idée...), qui est... magique. La beauté des paroles, cet hymne à la ville, qui me touche forcément, parce que je me sens avant tout urbain, parce que l'histoire que j'aime est celle, un peu démodée dans les universités, des villes qui bougent, grondent, brûlent, inventent, se révoltent et voient naître, selon une temporalité courte, et non celle des campagnes, moins prompte au changement, qui donnent à voir les transformations silencieuses à l'œuvre sur le temps long, soutenues par des figures de style (l'utilisation de métaphores et de comparaisons qui renvoient aux champs de la nature, des êtres vivants, de l'atmosphère, à mille lieux des champs lexicaux qu'on utiliserait au premier abord pour qualifier le phénomène urbain) et les flow complémentaires de Mos Def, Talib Kweli et Common (excusez du peu !). Tout est réuni dans ce morceau pour en faire un classique instantané.