La laideur visuelle de Bridgerton n’a d’égale que sa vulgarité scénaristique, tant la nouvelle série made by Netflix échoue à restituer une époque et ses mentalités, vues à travers le prisme déformant du spectre contemporain. Les robes, la coquetterie, les bals, tout cela ne sert qu’à préparer l’initiation sexuelle de la jeune Daphne qui, passés les premiers épisodes, révèle ce sein que l’on ne saurait voir, écrasée sous les coups de hanche du beau Simon. Nous sommes à mi-chemin entre Sex Education et la saga Fifty Shades, en costumes – nuances !
La série se complaît alors dans une fausse pruderie sous prétexte de démasquer l’hypocrisie ambiante et libérer la femme. Erreur ! La série ne soucie à aucun moment de la justesse historique, recyclant une série de poses et d’actions qui « font XIXe siècle » (carrosses, duellistes, déambulation dans les jardins avec robes et ombrelles) : elle ne fait qu’aguicher, réduit aussitôt ses personnages à des corps dans un décor de pacotille plus proche des lieux de débauche que de la reconstitution à proprement parler. Cette société londonienne ainsi fardée n’a de haut que ses titres ronflants, mise en scène, cadrée, éclairée avec un amateurisme confondant : entre l’esthétisation stérile – à l’instar de ce travelling arrière qui filtre les amants au lit par les mailles de la chaise comme pour les laisser tranquilles, alors que la caméra ne peut s’empêcher, au plan suivant, d’y retourner – et l’approximation.