Encore une traduction de titre de K-drama complètement à côté de la plaque et qui induit volontairement les gens en erreur. Avec Filing for Love, ne vous attendez absolument pas à regarder un drame du type What's Wrong with Secretary Kim, Business Proposal ou encore Crazy Love. On est aux antipodes. D'ailleurs, la romance n'occupe qu'environ 30 % du temps d'antenne. Le sujet central est d'abord de nous montrer le fonctionnement, certes romancé, du service d'audit au sein d'un grand Chaebol. Ce type d'organe de contrôle existe dans toutes les grosses boîtes, la France n'y échappant pas, mais avec une législation différente. L'intérêt de cette série est avant tout de dénoncer les écarts de conduite qui peuvent nuire à l'entreprise, quelle qu'en soit la forme. Mais parfois, le scénario va flirter avec le mélodrame moralisateur, vous voilà donc prévenus. Dernière chose, et pas des moindres : il faut éviter de penser à l'occidentale quand vous découvrirez certaines situations, sinon vous risquez d'être un peu choqués par la culture locale.
Joo In-A(Shin Hae-Sun) a été désignée pour diriger le département d'audit du groupe Haemu, le 7e Chaebol du pays. Froide, distante et rigide, elle est à cheval sur les principes. Noh Ki-Jun(Gong Myung) est membre de la team élite et s'occupe des gros contentieux. Mais l'arrivée de cette nouvelle patronne va modifier son quotidien : In-A le rétrograde à la team 3, celle qui gère les scandales internes. Désabusé, il ne comprend pas cette "nomination" qu'il prend pour une sanction. En haut de la hiérarchie, le vice-président Jeon Jae-Yeol(Kim Jae-Wook) traverse à la fois une crise familiale et professionnelle. C'est un homme bon qui, il y a plus de dix ans, était l'amant de In-A, mais qui a dû se résoudre à un mariage de convenance. Park A-Jeong(Hong Hwa-Yeon), sa secrétaire, est l'ancienne petite amie de Ki-Jun ; elle est amoureuse du vice-président, qui reste fixée sur le passé. Au fil des enquêtes, Ki-Jun va découvrir une autre facette de In-A et commencer à développer des sentiments pour elle.
Le drama se concentre sur quelques personnages principaux, ce qui permet de développer des relations et des trajectoires personnelles solides sans se disperser. Comme dans un polar, il y a des affaires à résoudre, mais l'objectif n'est pas seulement de découvrir un coupable : il s'agit surtout de montrer le travail de la Team Audit et de révéler les blessures, les secrets et parfois la souffrance cachée derrière la vie de bureau. J'apprécie ce genre de drama qui pousse à la curiosité, et j'ai eu envie de me renseigner sur le véritable fonctionnement des services d'audit en Corée du Sud et sur leurs fonctions dans les grandes entreprises. Mais parfois, j'ai eu l'impression qu'on allait un peu trop loin dans la vie privée des gens. Pour info, par exemple, l'adultère était encore un délit en Corée du Sud jusqu'en 2015, et il est toujours très mal vu d'avoir une relation extra-conjugale au sein d'une entreprise. En effet, l'image de marque d'un grand groupe est primordiale. L'histoire décolle vraiment vers le troisième épisode. En parallèle de l'intrigue principale, on suit des enquêtes relatives à des relations inappropriées (ou non), ce qui inclut le harcèlement sexuel ou moral, le dénigrement, le cocufiage, etc. Il y a de vrais moments dramatiques et graves. La vie de bureau peut être éprouvante et s'apparenter à un vrai chemin de croix pour certains, soumis à un stress permanent dû au travail et aux injonctions.
Comme on est dans une comédie dramatique avec une partie romantique, le récit vient casser cette impression de lourdeur avec des moments légers et décalés. Cela passe soit par notre couple en construction qui doit se cacher des autres, et par les membres de la team 3, tous très sympathiques. Par contre, j'ai apprécié qu'on évite le triangle amoureux. Ici, c'est sans ambiguïté, même si en amour, les coups bas peuvent venir d'ailleurs et déclencher des dommages collatéraux. Par moments, on a réellement l'impression d'avoir affaire à une police des mœurs d'entreprise. Il faut toutefois replacer cela dans le contexte sud-coréen, où certaines questions liées à la réputation, à l'image sociale ou aux relations personnelles restent perçues différemment qu'en Occident. Cela ne signifie pas qu'il faut tout approuver. On peut parfaitement être en désaccord avec certaines pratiques ou avec la façon dont elles sont présentées dans la série. Mais il est plus intéressant de chercher à comprendre ce contexte culturel que de le juger uniquement avec des critères occidentaux. Le drama montre également à quel point la frontière est mince entre une enquête légitime, la diffamation, la calomnie ou l'intrusion dans la vie privée. Il fait réfléchir sur les conditions de travail, et on est donc bien loin des nunucheries, niaiseries et mièvreries qu'on a l'habitude de voir dans les dramas dont j'ai parlé en introduction.
Certains moments sont ainsi vraiment touchants ou, au contraire, abjects. De plus, le drama n'oublie pas de construire un passé psychologique complexe pour Joo In-A, ce qui explique son comportement actuel. C'est une femme en souffrance qui s'est faite seule, une working girl puissante et respectée. Ki-Jun, lui, a été élevé par un clan matriarcal composé de sa mère et de ses trois sœurs aînées, qui le bichonnent encore puisqu'il est célibataire. Le couple formé par Shin Hae-Sun et Gong Myung fonctionne, parce qu'on ose mettre une femme de pouvoir légèrement plus âgée avec un jeune homme qui a de la répartie. La partie centrale de la série est solide et très intéressante, même si on n'évite pas les clichés habituels. L'humain est au cœur du drama, qu'il s'agisse du boulot ou des relations de couple. Le jonglage entre les scènes dramatiques, romantiques et plus légères est généralement bien maîtrisé. La romance existe, mais elle n'est jamais au centre du récit. Il s'agit avant tout d'une histoire de blessures, de reconstruction, de travail, de responsabilités et de sentiments enfouis. L'histoire d'amour se construit lentement, à travers les émotions du passé. Ceux qui recherchent uniquement des situations loufoques, des personnages caricaturaux ou des romances au ras des pâquerettes risquent d'être déçus. Ici, la série privilégie une approche plus mature et posée.
Dommage que le dernier épisode, qui ne sert strictement à rien 80 % du temps, fasse un peu tache. C'est l'épisode de décompression où on relâche les soupapes. On aura droit au sempiternel "un an plus tard", destiné à nous broder quelques scènes supplémentaires. Mais dans l'ensemble, Filing for Love est une œuvre qui, bien qu'elle ne soit pas totalement aboutie, nous offre une plongée intéressante dans les mécanismes de l'entreprise, la réputation, les rapports humains et les conséquences parfois lourdes de nos choix. C'est un voyage en terre inconnue pour les novices que nous sommes, car étrangers au fonctionnement et à la réglementation interne de ces grosses sociétés. Sous la romance se cache bien plus que la naïveté ambiante : le scénario est bien plus intelligent que le titre ne le laisse penser. Alors oui, K-drama de genre oblige, une certaine personne aura droit à une seconde chance, et pourquoi pas plus ? On est avant tout ici pour montrer le positif. La Team Audit peut se montrer sans pitié envers ceux qui nuisent à l'entreprise, mais le récit s'emploie aussi à montrer qu'elle est là, à l'écoute, pour protéger les employés lambdas des cadres trop sûrs d'eux. Car derrière chaque employé peut se cacher une personne en détresse émotionnelle. A voir, pour à la fois apprendre des choses et se détendre.
Main Theme: Alexander Stewart - Home
Additionnel OST 1: SOLE – Lucid Dream
Additionnel OST 2: Sondia 'The Moments Live On'