Il en va de la musique folk comme de tous les autres genres : quand on n'y connait rien, on a un peu l'impression que tout se ressemble, qu'on ne parvient à dégager aucune originalité d'un morceau ou d'un groupe.
Les quelques notes de guitare qui nous font rentrer dans ce disque ne pourront que confirmer ce sentiment.
Sauf que très vite, une voix aérienne, cristaline, éclatante vient tout de suite mettre à mal nos convictions. Affirmant sa présence en même temps qu'elle s'évapore, elle illumine littéralement tous les morceaux de cet album. Epaulée par une guitare, donc, mais aussi par de très légères touches de piano ou nappes de claviers, sans autre forme d'artifice, elle occupe l'espace comme rarement une voix féminine l'aura fait, avec autorité et complicité, douceur et malice. La simplicité, le dépouillement des arrangements, des textes, du chant mettent encore plus en avant ce timbre, cette texture vocale si singulière et si belle.
Mieux, quand Karen Peris (également active à la guitare et au clavier), décide de prendre une respiration, les instruments de son mari Don (guitare, batterie) et du troisième larron Mike Bitts (basse) s'engouffrent et nous emportent avec eux, comme sur le splendide final de Lake Shore Drive.
Chaque chanson est ainsi une invitation au voyage, tant intérieur qu'extérieur. Elle nous console, nous aide à nous évader. On se dit qu'on pourrait tout aussi bien d'écouter cet album au volant d'une décapotable quelque part entre Los Angeles ou San Francisco, que sous la couette pendant un triste après-midi d'automne, et que l'alchimie de ce disque fonctionnerait toujours aussi bien, quelle que soit la situation.
Et qu'importe si certains aimeraient des changements de rythme, plus de variations dans la construction des chansons, dans la structure musicale, The Innocence Mission tient cet équilibre parfait d'un bout à l'autre de cet album que je ne me lasse jamais d'écouter.