Quand Enfants Terribles était sorti l'année dernière, je me demandais si y'avait un groupe qui pouvait cumuler plus de tares à mes yeux d'auditeur un peu stupide que Columbine : ils rappent pas très bien, ils ont deux grosses faces de pet, leur fanbase a une moyenne d'âge de 14 ans, ils ont Lorenzo dans leur entourage proche, ils sont bretons... Bref j'ai tellement ragé que j'ai évidemment fini par cliquer, et là, le miracle s'est produit : c'était pas mal.
Malgré cette distance entre moi et le propos de leur musique, ça m'a pas gêné comme ça avait pu être le cas sur les albums de Nekfeu par exemple. Il a beau rapper 10 fois mieux, y'aura toujours un truc un peu gênant à l'entendre parler comme s'il entrait au lycée. Son âge déjà, mais pas que : chez Columbine, on sent une vraie sincérité, on essaye pas d'avoir l'air cool tout en étant torturé (exit les « si toi aussi tu lisais en cachette blablabla mon cul »), on est juste assez torturé pour pas brosser un public-cible dans le sens du poil. Après c'est pas pour autant que j'assumerais d'envoyer un de leurs sons en soirée avec mes potes hein, mais bon si personne m'emmerde quand j'écoute du gros rap de détailleur alors que j'ai jamais touché un gramme de C de ma vie, pourquoi je me poserais la question pour Columbine ?
Surtout qu'avec Adieu Bientôt, le groupe propose un produit beaucoup plus maîtrisé. L'écriture est moins faible que sur l'opus précédent, où des phases archi-malaisantes pouvaient ruiner un titre à la topline pourtant bien cool (la chanson-titre, par exemple). Les deux se laissent aussi plus de place, avec pas mal de morceaux solos, ce qui donne à Lujipeka l'occasion de briller et d'offrir quelques uns des meilleurs sons du projet (Borderline, En vain, Bart Simpson). La production a également musclé son jeu, au point que des grosses têtes du moment (Junior, Ponko) contribuent à la tracklist sans que les beats de Columbine aient l'air de sortir de seconde division à côté. Tracklist trop longue par contre, le principal défaut de ce nouveau projet étant que son quart d'heure supplémentaire par rapport au précédent est un quart d'heure de trop.
Avec cet album, Columbine se détache aussi un peu de l'influence de PNL qui était bien trop présente sur Enfants Terribles, parfois jusqu'à l'absurde (ils ont arrêté de dire qu'ils vendent la drogue dans le bendo par exemple, merci à eux). S'ils en ont gardé une mélancolie, celle des zones pavillonnaires, c'est cette fois pour mieux l’accommoder à l'emo-rap américain, faisant d'eux au passage le seul groupe français à tirer quelque chose d'intéressant de cette tendance (parce que le premier qui me parle de Django je le monte en l'air). A noter que ça aurait pu être une raison de plus de les détester, vu mon goût pour Lil Peep, mais finalement pas du tout : Adieu Bientôt est une mixture d'influences pertinentes et correctement digérées, une proposition musicale qui leur est propre et qui mérite qu'on s'y penche. Allez les amis, arrêtez de crier au ienclisme dès que vous voyez pas assez de muscle dans les clips et jetez-y une oreille, on sait jamais.