empathogen
6.9
empathogen

Album de Willow (2024)

---------------------------------------- L'Avis par Chanson -------------------------------------

• Chef d'oeuvre/Unique : Symptom of Life

• Excellent/C.d.Coeur : Home, Ancient Girl, The Fear is Not Real, Big Feelings, I Know That Face

• Bon/Remarquable : False Self, Pain for Fun, Run!, Between I and She

• Sympa/OK : No Words 1 & 2, Down

• Passable/Oubliable : -

• Mauvais/Non-inspiré : -

PS : L'Avis par Chanson ne définit bien sûr pas la note globale de l'album. Cohérence, originalité, impact sur la musique, thématiques abordées, sont autant d'autre critères valables.

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Un peu dure cette moyenne.

Je la soupçonne d'être en partie due à l'image et la personnalité qu'est Willow Smith (mais peut-être me trompe-je ? Probablement). L'anti-népotisme (ou plutôt "anti-népobabysme" ? En vrai ça claque) qui reigne dans les milieux artistiques a sa légitimité, mais peut aussi avoir sa part de responsabilité quand il s'agit de préjuger ou d'être bonnement de mauvaise foi face à un artiste talentueux - ou non.

En l'occurrence, je ne suis pas particulièrement fan (je crois avoir même carrément du mal) de la personne qu'est Willow Smith. Il est aussi évident qu'issu de cette famille baignée dans la culture artistique - en plus d'être baignée dans l'argent - Willow aura d'infinies possibilités de s'exprimer et d'être supportée musicalement, contrairement à d'autres artistes qui devront peut-être travailler plus dur pour trouver leur voie et leur entourage créatif.

En fait-ce pour autant une artiste moins travailleuse, moins inspirée ou moins originale ? Point du tout. Mais j'enfonce des portes ouvertes, alors jugeons maintenant son travail et son parcours artistique plutôt que son parcours familial et privé.



Willow s'était déjà faite remarquée par ses premiers albums soul-rbnb (mais aux influences diverses) assez intimes et révélant déjà un esprit créatif. En effet, dès Ardipithecus (ma nouvelle insulte préférée), on sent que la musicienne aime à s'essayer à différents styles, à mixer les genres, ou à juste s'éclater. The 1st et WILLOW arborent une touche plus calme et acoustique, mais restent gorgés d'idées très diverses et, particulièrement sur WILLOW, on trouve quelques morceaux mémorables.

Quelque morceaux seulement ? Car oui, c'est mon premier problème avec Willow jusqu'ici et qui sera confirmé avec ses sorties ultérieures : elle s'éparpille beaucoup. Créativité ne veut pas dire cohérence et malheureusement sur tout ces albums jusqu'à <COPINGMECHANISM> (je n'ai cela dit que rapidement survolé THE ANXIETY et lately I feel EVERYTHING) , je rentre difficilement dedans car j'ai plus l'impression d'être embarqué dans l'esprit hyperactif d'une adolescente/jeune adulte qui se cherche que dans un album réfléchis et consistant. Je trouve toujours des compositions agréables et certaines chansons trouvent leur place dans mes playlists, mais pour l'instant Willow est surtout pour moi une artiste pleine d'envie et de sensibilités variées mais qui ne propose pas encore quelque chose de marquant. Certains diront alors peut-être que Willow n'est qu'une énième Nepobaby qui a les moyens, mais pas de réel talent.



J'avais pourtant ce sentiment fort que Willow en avait sous le coude et était au contraire une artiste inspirée et pleine de ressource (ouais bon j'était sûrement pas le seul mais c'est pour l'effet de style). L'arrivée en trombe de l'ovni Empathogen était là pour confirmer toutes mes ruminations.

Je dis ovni, mais j'en garde surtout le sens d'objet inattendu plutôt que mystérieux. Car au final, empathogen, ce n'est que la suite logique et l'aboutissement d'années de recherche et d'exploration, de gribouillis touchants et de dessins réussis. Empathogen, c'est l'hyperactivité créative - toujours persistante - d'une Willow voulant prouver qu'elle est capable de travailler autant la forme que le fond.

Tout juste sorti d'un album presque hard-rock, on prend un virage en épingle pour expérimenter cette fois un travail beaucoup plus jazz. Et mes aïeux, c'est un virage à 200km/h que l'on prend ici. L'album vous poursuit sans jamais s'arrêter pour vous balancer, track après track, des bijoux d'écriture pleins de vie et de détails. Les mélodies sont marquantes, le chant est mature, les compositions et les rythmes super denses et inspirées. Certaines chansons sont étonnantes de complexité ("I know that face", le mastodonte "symptom of life"), d'autres font sacrément groover ("big feelings", "the fear is real"), le cocktail est exceptionnel et tout cela se déroule en parfaite entente mutuelle, sans incohérence entre les morceaux. L'album se termine à peine qu'on veux le réécouter pour mieux comprendre certains passages.

De ce que j'ai pu lire/écouter de la part de Willow, tout ce bouillon musical sort bel et bien de sa tête, bien que la majorité des chansons soit - et c'est bien normal - co-écrites, toujours avec des musiciens de talent.

Etant amoureux de musique jazz, funk, "neo soul" en général, c'était forcément un coup de cœur instantané. Conscient que cette sensibilité facilite l'appréciation, essayer d'être plus objectif ne m'en fait pas moins penser : Willow peut être une excellente chanteuse et c'est manifestement une compositrice de talent.

Malheureusement, le naturel revient toujours au galop comme on dit. Empathogen ne déroge pas à la règle que semble s'être fixée la chanteuse : se laisser emporter et en faire trop, dans tout les sens. Et cette fois-ci, ce n'est pas vraiment la cohérence et/ou la consistance de l'album en soit qui en pâti (même si ça manque toujours d'un réel fil conducteur), mais plutôt les chansons elle-même et leur "individualité". En effet, nombre d'entre-elles semblent n'être qu'un prototype coup-de-poing de 2 minutes ou moins, qui se termine donc bien souvent trop tôt. C'est d'autant plus malheureux qu'honnêtement, je pense qu'aucune chanson ne semble être de trop ou vraiment moins bonne que les autre - bien qu'il y ai bien sûr ses perles rares et ses minerais plus communs. L'album a clairement pour but de nous secouer un peu le cerveau et les oreilles, donc avoir de nombreuses tracks qui s'enchainent à vitesse grand V pourrait être logique, mais on se retrouve surtout avec un sentiment d'inachevé.

Cela dit, ce n'est pas non plus dramatique, et on peut retrouver ce motif même chez les plus grand.es (le moins récent Happier than Ever de la queen Eilish m'avait laissé la même impression).



En conclusion, Empathogen est pour moi le meilleur ouvrage (de loin) de cette chère Willow, grâce à un travail riche, généreux et musicalement plutôt impressionnant pour son jeune âge. On expérimente, on balance des rythmes complexes et addictifs sur des mélodies entêtantes, bref c'est du bon. Cependant, on reste dans les mêmes travers - dans une moindre mesure - qui font selon moi la mauvaise presse et le manque de consistance de Willow : ça essaye trop de choses, trop vite, sans réel concept musical liant le tout. Et ça peut s'essouffler vite.

Preuve de sa grande qualité, c'est malgré tout un album que je conseille très vivement à tout amateur de musique jazz/soul(/rock), ou plus largement à ceux qui apprécient une musique recherchée, dense et variée.

Un de mes coups de coeur 2024.

Sybed
8
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Créée

le 12 sept. 2024

Modifiée

le 13 sept. 2024

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