Bonjour à tous,
Selon moi, aucun album ne représente mieux le courant Jazz-Funk lancé dans le début des années 70 par les visionnaires Miles Davis, Herbie Hancock, Jaco Pastorius, Wayne Shorter avec Weather Report pour ne citer qu'eux. Ce style musical alliant la virtuosité et la structure des standards de Jazz (chorus, solos, chorus) et le groove du Funk ainsi que les instruments électriques tels les Rhodes et autres claviers à effet et préférant la basse électrique à la Contrebasse (exception notable : la version Chameleon de Brian Bromberg jouée à la Contrebasse)
Au milieu de cette décennie remplie de chef d'œuvres intemporels tels que les albums de Weather Report, l'album éponyme de Jaco Pastorius, les expérimentations de Miles Davis et autres, nous avons cette ovni Head Hunters d'Herbie Hancock accompagné de son nouveau groupe The Head Hunters, dont le premier morceau est sans aucun doute le plus connu de l'artiste avec Cantaloup Island et Watermelon Man, le très célèbre Chameleon.
Ce morceau mériterait sa propre critique tellement il y a des choses à dire sur sa perfection, cette intro groovy en SiB dorien, lancée par la main gauche d'Herbie qui sera ensuite repris par Paul Jackson à la basse et rejoint par la batterie d'Harvey Mason, porte tout le morceau du début à la fin, en seulement 20 secondes, on a déjà les fondations les plus solides du monde, le basse-batterie parfait, à tel point qu'on pourrait n'écouter que ca en boucle. À partir de là, c'est carrément de l'Or en barre pour tout soliste.
Pour s'additionner à cette intro, nous avons les cocottes funky d'une guitare et la main droite d'Herbie avec un effet Wah-Wah, dont le placement rythmique est d'une telle précision que je me demande tous les jours si c'est humain.
Ensuite le thème joué par Herbie et par le saxophoniste Bennie Maupin, pas grand chose à dire là dessus, le thème fait le travail qu'on lui demande, simple et efficace, ne sortant pas des notes de la pentatonique, le thème reste en tête et est facilement chantable.
Et ensuite vient le plat de résistance, le solo de plusieurs minutes d'Herbie Hancock qui précède le voyage vers un autre monde. À la moitié du morceau, The Head Hunters nous fait passer du Jazz-Funk à de la Fusion Progressive avec une partie moins connue du morceau qui comprend des changements de mesure intéressants et des variations rythmiques, passant à plusieurs reprises d'un 4/4 vers un 6/8 en passant par une mesure en 7/8 puis revient à la base du morceau pour se conclure sur un magnifique solo de saxophone.
Mais se contenter de la version album serait un crime contre l'humanité. Pour apprécier encore plus ce morceau, il faut voir les versions lives, les solos de Keytar sont juste monstrueux, les questions/réponses entre les musiciens sont ma partie préférée, cela demande une écoute et une maitrise de son instrument digne des plus grands maitres !
Pour n'en citer que deux :
On continue avec Watermelon Man, seul titre non écrit pour Head Hunters, il s'agissait à l'origine d'un standard de Hardbop figurant dans son premier album Takin' Off, qui lui permettra d'intégrer le légendaire Second Grand Quintet de Miles Davis. Pour l'album Head Hunters, Herbie remixe totalement le morceau.
Ce dernier comporte une intro immédiatement reconnaissable par son originalité, on peut entendre Bill Summers souffler dans des bouteilles de bière pour lancer le tempo, il sera ensuite rejoint par la section rythmique, toujours aussi carré et tight, pour poser les bases. Ce morceau dans la lignée de Chameleon prend le temps de poser les fondations, mais est beaucoup posé que ce dernier, le groove n'en est pas moins efficace. Le thème joué tantôt par Herbie, tantôt par Bennie Maupin est le point d'orgue du morceau, couplé à des breaks de batterie d'une précision et d'un groove parfait, on a là une deuxième masterpiece pour ouvrir cet album.
Tout comme le premier morceau, il faut écouter les versions lives pour apprécier encore mieux le grandiose d'Herbie Hancock parfois accompagné d'All Stars, tels que Marcus Miller, Vinnie Colauita, Roy Hardgrove ou Miles Davis lui même.
Les deux derniers morceaux, Sly et Vein Melter, sont sans doute les moins connus et appréciés du lot, car moins accessible et plus Free.
Sly a un côté Jazz Fusion expérimental, tout en restant très Funky, avec une suite de solos virtuoses.
Vein Melter quant à lui, est beaucoup plus jazzy, plus posé, moins dans le groove pur, allant parfois à la limite du psychédélique. Certaines parties me font penser à Equinox de John Coltrane. Tout comme Sly, le morceau est composé d'une suite de solos, dans un premier temps au saxophone, accompagné par de nappes envoutantes jouées au clavier et d'une section rythmique toujours aussi solide, puis dans un second temps, d'un solo d'Herbie.
Pour conclure, cet album est une véritable révolution musicale, étant à la fois commercial dans sa popularité auprès des personnes n'écoutant pas de Jazz, mais également élitiste dans son approche expérimental de la musique. Mon album préféré de tous les temps, un album qui vous donne envie de jouer de la Musique tout simplement. Je ne vous cache pas que pendant l'écriture de cette critique, alors que j'écoutais en boucle Chameleon, j'ai dû faire une pause pour sortir ma guitare, brancher la pédale Wah-Wah et soloter sur ce chef d'œuvre qui, j'en suis sûr, sera encore un ovni dans 100 ans.