Initialement publiée sur House Of Wolves.fr (http://houseofwolves.fr/musique/chronique-good-charlotte-youth-authority/)
Même s’il possède quelques chansons plutôt cool, Cardioloy, en 2010, reste le moins bon des albums de Good Charlotte, derrière un Good Morning Revival légèrement réévalué avec le temps. Malgré le très décevant album pop des frères Madden de 2014, on attendait énormément de Youth Authority, le 6ème album de GC, pris par la même nostalgie que le groupe, qui semblait vouloir renouer avec son passé et ses belles années, en témoigne la pochette composée d’un patchwork d’anciennes photos et d’affiches de concert.
L’image qu’on avait de GC en 2010 : un groupe déconnecté de la scène rock, prisonnier de la vie de célébrité qu’ils dénonçaient autrefois dans « Lifestyles of the Rich and the Famous ». Non pas que les textes de Joel semblaient hypocrites, mais ils parvenaient bien moins à nous toucher, de même que ce côté pop qui semblaient avoir pris le dessus. Bon, en toute objectivé, dès son 1er album, GC a toujours été très très pop, avant de foutre plus de punk dans son second album, et d’exploiter ses plus belles influences (new-wave, Outkast) sur The Chronicles of Life and Death.
Youth Authority se situe un peu au milieu de tout ça. Le premier single, “Makeshift Love”, était une excellente surprise : acoustique, électrique, quelques touches de chant énervé, des instruments lourds, des double-voix criées, on sentait que le morceau n’avait pas été fait à l’arrache et qu’ils essayaient d’élever le niveau après 2 albums décriés. Et puis quelle bonne surprise de voir Mikey Way de My Chemical Romance, leur producteur John Feldmann où encore leurs protégés de Waterparks dans le clip, ce qui nous changeait un peu de leur entourage people de ces dernières années, et un Benji décalé comme on avait appris à l’aimer. GC, back in the game ? On voulait y croire.
Malgré le titre pop-punk efficace mais très classique “Life Changes”, “40 oz. Dream” nous rappelait qu’il faudrait encore compter avec la pop. Pas grave : le morceau est assumé comme tel, et même très réussi, on apprécie les références à NOFX et le portrait acerbe du paysage musical : “I ran outside to see it’s not 2003, turn on the radio it’s so confusing, rappers were singing and rockers DJ’ing… there’s no guitars on the songs that they’re playing”.
Il faut finalement accepter le fait que GC ai ralenti le tempo, et ne plus chercher le punk-rock, pour apprécier ce que le groupe a à nous offrir, à commencer par “The Outfield”, le gros tube de l’album, un morceau rock pas ultra speed mais très accrocheur et dont les paroles touchent particulièrement les fans des débuts et ceux qui ont grandi avec le groupe : “We were the young and hopeless, we were the broken youth, you’re not the only one they used, I was in the outfield too.“
“Keep Swingin’”, le morceau avec Kellin Quinn de Sleeping With Sirens se révèle plutôt décevant, un mélange de guitare sèche et de pop-rock pas très accrocheur, mais pas contre, “Reason To Stay”, avec Sam Neil de Biffy Clyro, est vraiment réussi, puisqu’il fait justement beaucoup penser à Biffy Clyro, avec une certaine mélancolie acoustique, avant que Joel ne décroche un refrain rock plein d’émotion et efficace.
“Stray Dogs” et “Cars Full Of People” sont typiquement ces morceaux ultra pop qui font chier quand on s’attend à entendre du punk(-pop), mais qui sont quand même sympas si on les prend comme tels, avec une petite vibe 1er album pour “Stray Dogs” et son chant fragile.
On termine avec deux titres assez différents mais de très bonne facture, le mélancolique “War” fait penser aux parties guitare sèche de From Autumn To Ashes, avec cette guitare très appuyée, et un final génial avec une explosion d’instruments où par moments on ne sait plus trop ce qu’on écoute (du post-hardcore ?), en tout cas Joel hurle ses tripes. Et on finit ultra tranquillement avec “Moving On”, une belle mélodie, après ça reste une chanson pop, malgré quelques passages vocaux énervés. Rassurez-vous, tout ce qui est pop et folk sur cet album est quand même bien plus réussi que les titres de l’album Greetings From California des Madden Brothers, notamment grâce à une batterie qui claque en permanence.
Il existe 3 bonus tracks pour l’album, “Rise”, “We’ll Let It All Out” et “Life Is Hard”. 3 morceaux rock qui n’auraient pas fait de mal à la tracklist de base. Dommage, mais on commence à avoir l’habitude de ce genre de frustration.
On pourrait tristement conclure en disant que Youth Authority n’est qu’un album de plus pour le GC moderne (post-TCOLAD), avec ce que ça implique de pop, et désormais de folk : nous n’aurions pas complètement tort. Néanmoins, s’en dégage une certaine sincérité, une nostalgie et un esprit de scène qu’on avait pas entendu depuis quelques albums, et qui font la différence avec Cardiology par exemple. Au-delà de ça, Youth Authority possède son lot de très bonnes chansons (“Makeshift Love”, “40 oz. Dream”, “The Outfield”), malgré des frustrations évidentes (“Keep Swingin'”), une batterie excellente qui dynamite bien des passages calmes (“Life Can’t get Much Better”), et de nouvelles tentatives agréables (“War”). Ça fera l’affaire pour passer quelques mois en compagnie du groupe.