Antoine Ozanam dont le tableau de chasse n'est plus à faire, a scénarisé, en 2012, une petite BD passé inaperçue, Moi en Mieux. Pourtant, l'imagination est au rendez-vous et la narration, plaisante permet de voir le talent du scénariste. Le dessin de Kyung Eun Park est là, amène tout de suite un univers réaliste où beauté quotidienne et laideur du même ton se retrouvent.
On est donc plongé dans une BD plutôt normale dans son thème et c'est bien là que le bas blesse.
En effet, composé de 90 pages, une grande partie du récit tient à de l'introduction pure et dure. En réalité, 50 pages ne sont qu'introductives. Dedans, on nous présente Valentin Choupeau, marié à la femme qu'il aime, père de deux enfants qu'il ne comprend guère et possédant une maison qui commence à avoir besoin de sérieux travaux. Valentin est un pâtissier médiocre mais il suit les créations de son associé Maxime, grâce à ça, ensemble ils vendent énormément, ont un succès fou et la vie suit son cours.
Un beau jour, l'oncle de Valentin meurt et celui-ci hérite, mystérieusement, de tout. Son appartement et ses livres lui appartiennent et Valentin se sent revivre dans cet appartement que nul autre que lui ne connait. Cachant son existence à tous ses proches, il cherche à y passer le plus de temps possible.
Malheureusement, il finit par délaisser sa famille et surtout, le pire arrive. Maxime, son associé, s'en va pour les Etats-Unis et Valentin va devoir trouver un nouvel associé s'il veut s'en sortir.
Nous avons donc 50 pages mettant en scène une crise existentielle. Un père de famille plutôt looser, sans l'être de trop, qui retrouve goût à la vie loin des siens. Des échecs qui se cumulent et la question : quand va-t-il exploser ?
Bref, on a l'impression d'avoir, comme je le disais, une BD normale, parlant de la normalité et du quotidien.
Loin de là puisqu'à partir de 50 pages, Valentin découvre, ans les carnets de son oncle, la solution à ses problèmes : fabriquer un golem. Et pof, en deux cases on nous explique que son oncle était un sorcier.
Mais, malgré ce changement drastique de ton, le lecteur continue. Surement grâce au talent narratif de Ozanam. Mais aussi, à la bonne idée : et si le Golem était meilleur que lui ? Valentin a créé un double de lui-même pour parvenir à faire tout seul ce qui nécessite deux vies (s'occuper de sa famille, avoir son jardin secret, faire tenir la boutique). Or, ce Golem s'en sort beaucoup mieux que lui. Il fait du sport, comprend sa fille et sa femme, répare la maison, il cuisine bien mieux.
Et si Valentin, en préférant son jardin secret avait finit par s'exclure sa vie ?
Etrangement, l'aspect existentiel persévère mais malheureusement, le final montre que tout fout le camp. Les auteurs préférant se concentrer sur l'aspect fantastique avec un dénouement plus proche de l'action que de l'émotion.
On a donc le sentiment d'avoir été doublement trahi : par cet apport du fantastique et par le manque de réponses psychologiques et émotionnelles.
Malgré cela, la BD garde des qualités qui forcent à donner un beau 6/10.