Avec Beastars, Paru Itagaki nous plonge dans un lycée où herbivores et carnivores cohabitent dans une tension constante, sur fond de drame, de mystère, et de romances improbables. Ce manga mêle anthropomorphisme, intrigues sociales et questionnements existentiels dans un mélange qui surprend autant qu’il captive. À mi-chemin entre une fable noire et un soap opéra animalier, Beastars se pose comme une œuvre unique et, parfois, un peu dérangeante.
L’histoire démarre sur un meurtre mystérieux : un herbivore a été tué et dévoré au sein du lycée Cherryton. Dans cet univers où les carnivores tentent de réprimer leurs instincts pour maintenir une société pacifique, ce crime exacerbe les tensions latentes. Au centre de tout cela se trouve Legoshi, un loup gris timide et introspectif, qui se débat avec ses instincts, ses émotions contradictoires, et sa fascination pour une lapine du nom de Haru.
Legoshi est un protagoniste fascinant, à la fois doux et terrifiant. Son conflit intérieur entre sa nature de prédateur et son désir de protéger ceux qui l’entourent est le cœur battant de l’histoire. Quant à Haru, loin d’être une simple demoiselle en détresse, elle est un personnage complexe, vulnérable mais affirmée, qui lutte pour sa place dans un monde où sa petite taille et son statut d’herbivore font d’elle une cible facile.
Visuellement, le style de Paru Itagaki est unique, avec des traits parfois bruts mais toujours expressifs. Les personnages animaux, loin d’être caricaturaux, sont dessinés avec une attention particulière aux détails qui capturent leurs émotions. Les scènes nocturnes, où le suspense et la tension sont à leur comble, sont magnifiquement rendues, renforçant l’atmosphère sombre et mystérieuse de l’histoire.
Narrativement, Beastars jongle habilement entre les genres : un peu de thriller, une pincée de romance, et une grande dose de drame psychologique. L’univers est riche et bien pensé, explorant des thématiques universelles comme l’identité, la discrimination, et la coexistence malgré les différences. Cependant, le ton peut parfois basculer de manière un peu abrupte entre sérieux et absurde, ce qui déstabilise légèrement le rythme.
Les métaphores sociales au cœur de l’œuvre sont efficaces, mais parfois un peu trop appuyées. Les dilemmes carnivores/herbivores, bien qu’intrigants, peuvent donner l’impression d’un discours un peu trop explicite sur la nature humaine. Cela dit, ces réflexions sont toujours servies avec une dose d’émotion brute qui maintient l’intérêt du lecteur.
En résumé, Beastars est une œuvre originale et audacieuse, qui explore avec intelligence des thèmes complexes à travers un récit captivant et des personnages attachants. Avec une narration maîtrisée, un visuel distinctif, et une ambiance à la fois sombre et émouvante, Paru Itagaki livre un manga qui dépasse les simples apparences de son concept animalier. Un voyage fascinant au cœur de l’instinct, de la société, et du désir... où les bêtes ne sont jamais ce qu’elles semblent être.