Après une petite période à vide pour le duo de choc, Goscinny et Morris nous offre une excellente aventure du cow-boy solitaire avec ce 29ème tome de ses aventures. La réussite de cet album tient à un seul mot : anti-manichéisme. Loin de créer un méchant vraiment méchant comme dans toutes ses histoires, Goscinny nous montre ici un antagoniste, Cass Casey, personnage fier, orgueilleux et qui n'est pas prêt de voir son business changer. Face à lui, Felps est un agriculteur tout aussi fier, bien moins vaillant mais qui ne mâche pas ses efforts. Si la sympathie du lecteur va directement aux fermiers, il ne peut pas ne pas voir que parfois, Felps ne fait pas forcément les bons choix. Il cherche à énerver son adversaire et en ceci n'est pas forcément des plus malins.
Lucky Luke voit également cela et c'est pour cela que son intervention auprès des fermiers n'est pas unilatéral, il ne les aidera que lorsque leurs idées se côtoieront. Ce refus de créer une situation manichéenne est toute à l'honneur de Goscinny et amène un grand dynamisme à l'histoire, ainsi qu'une fin des plus appréciables.
Globalement si le scénario est top et que la narration garde la pâte de Goscinny (le seul auteur qui arrive à manier parfaitement les 46 pages), si le dessin garde le style parfait de Morris emplie de caricature et de réalisme, le seul point faible de ce tome est peut être le petit manque d'humour apparent. Attention, on rigole, mais pas autant qu'on le pourrait. Cela tient au personnage de Cass Casey, qui pour ne pas être ridicule n'est finalement guère marrant, mais garde cependant une personnalité forte et une capacité de remise en question qui en fait un des méchants les plus réussis de Goscinny.