Des visages figés.
Sombres qui te fixent et ne te lâchent plus du regard.
Un village sous la neige.
Glaçant, inhospitalier où l'étrangers est un ennemi
Et ce silence,
Un silence qui emporte tout et te met mal à l'aise.
La mort rôde dès les premières planches et il ne faut longtemps pour que la confirmation arrive.
Brodeck est un survivant.
Il sait ce qu'il a fait pour cela et maintenant il veut être tranquille mais le destin l'a mis là où il ne devait pas être, se retrouvant témoin d'un acte qu'il va devoir justifier pour une nouvelle fois, essayer de survivre.
Je ne connais pas l'oeuvre original de Claudel mais il semble évident que ces deux auteurs étaient fait pour se rencontrer.
Il partage cette vision effrayante sur l'âme humaine, une vision de déception sur les horreurs qu'elle peut commettre aux mépris de toute moral.
Dans le rapport Brodeck, l'espoir est vain.
C'était aussi le cas dans Blast, une des dernières œuvres de Larcenet dont il reprend ici le style graphique.
On sent que le personnage s'enfonce dans quelques choses qu'il va essayer de contrôler mais sur lequel il n'a pas réellement prise.
Lui , a une morale et c'est ce qui risque de le perdre.
Surveillé, menacé, cela va le ramener à son propre passé tout aussi effrayant, de réfugié des camps ( la guerre n'est jamais annoncée mais on devine assez vite les allusions) et enquêter sur des faits qui ne le regarde pas.
Sa rencontre avec le prête est un "des grands moments" de l'album.
Elle résume à elle seule tout le désespoir qui enrobe les personnages de cette tragédie ( avec en prime, une vision de la confession assez glaçante )
Le dessin de Larcenet a une grande importance dans le ressenti du lecteur , jouant le rôle de réceptacle à émotion et illustrant à merveille les ambiances mises en scènes par Claudel.
On y retrouve sa noirceur à peine compensé par le blanc de la neige.
Le style se veut réaliste ( il y a vrai travail sur les visages), pesant voire quasi envoûtant par moment.
On ne peut pas s'empêcher de regarder fixement certaines images de longues minutes comme happer par la beauté glaçante de la vision de Larcenet.
Je pourrais dire qu'on ne sort pas indemne de cet oeuvre mais je mentirais.
Il y a une raison a tout cela : le découpage de l'album en 2
Je pense que ce choix (justifiable au vu de la longueur de l'oeuvre .. Et encore ...) nuit un peu l'émotion , une émotion plus psychologique et au final moins violente que Blast (ce qui n'est un mal ) mais qui pâti de cet entract' forcé.
On sent que Dargaud chouchoute son auteur , en lui offrant un bouquin de prestige ( couverture cartonné , format à l'italienne, magnifique papier ) mais j'ai l'impression que tout cet enrobage va à l'encontre de la brutalité général du propos.
D'ailleurs, je ne trouve pas le format à l'italienne vraiment justifiable. J'ai même eu l'impression que certaines planches avaient été couper en deux.
Il faut dire que je ne suis pas un grand fan de ce genre de format , ceci expliquant peut être cela.
- Mais tout ça , c'est du chipotage . Avec cet album, Larcenet
démontre une nouvelle fois qu'il est un auteur majeur du 9eme art et
même si j'attends la conclusion pour crier au génie ( et que je me
serais bien passé de l'enrobage "luxe ") , je ne peux que m'incliner
devant la puissance des planches de cet album.