Après mes ravissantes premières années à dévorer ses livres, notamment ceux de vulgarisation culturelle, épanouissants et piquants, j’avais un peu délaissé Catherine Meurisse suite à son formidable La Légèreté en 2016. Cette rescapée de l’attentat de Charlie Hebdo, qui eut la vie sauve car… elle était arrivée en retard, racontait comment elle se cherchait une nouvelle raison de vivre, comment elle cherchait à nouveau la légèreté qui lui avait été arrachée. Poignant et terriblement humaniste, une œuvre qui a fait date dans mon parcours de lecteur pourtant déjà totalement conquis par l’auteure.
Vivement conseillé par mes pairs, La jeune femme et la mer allait être l’occasion des retrouvailles.
Ses précédents ouvrages témoignaient déjà d’une incessante volonté d’aller vers de l’avant, mettant en avant une curiosité toujours renouvelée nourrissant son imaginaire (et je la comprends) et son travail. Une résidence à la Villa Kujoyama près de Kyoto lui ayant été proposée, cette occasion en or devait lui permettre de renouveler son rapport à l’art, de s’enrichir des différences entre le Japon et son monde, bref, d’insuffler un peu d’air pur dans son travail, d’une brise japonaise et poétique.
D’autres auteurs en feraient un guide de voyage égocentrique, faussement humble, pour nous dire que le Japon, ben c’est bien joli. Catherine Meurisse n’emprunte pas cette voie, et même si elle se représente au sein de l’album, elle offre un voyage fantasmé et poétique. Il n’est pas tant question de découvrir le Japon que de le vivre, et utilise différents personnages amusants dont un tanuki taquin ou un peintre stoïque en panne d’inspiration. Ces différents caractères très bien catégorisés vont ainsi croiser la route d’une Catherine Meurisse « Lost in translation » mais qui vont l’aider en échangeant quelques paroles avec elle pour mieux comprendre certains des axes de pensée de la culture japonaise.
Dans ce Japon très naturel, mais où la modernité n’est jamais loin, le lecteur prend la mesure d’un pays entre le respect des traditions et la prise en compte de son avenir, le respect de la nature et la nécessaire place pour l’homme, le risque des catastrophes naturelles et leur impact. Autant de nuances, de petites pensées, présentées sans aucun dogmatisme, mais comme un carnet de réflexions pour Catherine Meurisse. Un univers où les légendes peuvent prendre vie, pour mieux souligner toute la beauté de son imaginaire.
En complément de ces réflexions poétiques sur la beauté du Japon ou sa manière de l’appréhender, Catherine Meurisse offre un album richement illustré, aux cases aérées, aux couleurs éclatantes (aidée par Isabelle Merlet). Si ses personnages gardent leurs formes un peu gribouillées, la beauté des paysages impressionne, offrant un véritable bol d’air. Les couleurs aquarellées et le réalisme des décors offrent un Japon naturel et évocateur, dont on n’a qu’une seule envie, de se perdre dans leur beauté.
Grâce à sa résidence reprise et réinterprétée, Catherine Meurisse n’offre pas le reflet d’un moment de son existence, bien au contraire. Elle s’en sert pour exprimer quelques aspects de la culture japonaise et de sa sensibilité artistique, sans aucun dogmatisme, sans aucune affirmation péremptoire. Elle se laisse glisser avec son imagination pour s’en approcher, pour l’exprimer mais sans l’épuiser. Sensible et poétique, et l’humour n’est jamais loin, avec de magnifiques planches, cet album est une nouvelle preuve du talent toujours renouvelé d’une auteure à ne jamais laisser de côté trop longtemps.