Les historiens sont à peu près unanime pour affirmer que la guerre froide entre le bloc de l'est dirigé par l'URSS et le bloc de l'ouest sous la direction des USA débute après 1945 et s'achève à la fin des années 80, mais cette confrontation qui larvée qui durant plus de quarante ans hanta les esprits, semblent curieusement assez peu présente dans la BD franco belge des années 50 / 60. On peut certes citer ça et là plusieurs histoires mais comparer à masse des histoires misent en scène par des revues comme Tintin, Spirou et Pilote force est de constater la relative rareté des récit évoquant de manière direct le conflit entre USA et URSS.

A cette état de fait plusieurs raisons peuvent être avancés.

La loi de 1949 sur les publications pour la jeunesse (via sa commission de contrôle) opère un contrôle assez tatillon vis à vis de tout récit pouvant s'assimiler à des prises positions politiques. Nul doute que l'interdiction de parution en France des deux albums de Buck Danny "Ciel de Corée" et "Avion sans pilote" à servit d'avertissement aux créateurs et éditeurs qui par la suite usent de subterfuges divers pour évoqué le conflit (notamment le recours à des pays imaginaires).

La volonté de toucher un plus large lectorat dépassant le réseau initial des maisons d'éditions (Catholique pour Spirou, Communiste pour Vaillant/Pif) influent également en incitant les créateurs à proposer des récits dépassant les clivages idéologiques de l'actualité.

Les créateurs de BD franco belges des décennies 50 / 60 possèdent une mentalité d'artisans dont l'objectif premier est de répondre à une commande de leur commanditaires, les éditeurs qui sont de leurs coté très soucieux très à l'écoute de leur jeune public (le courrier des lecteurs est très étudié et des enquêtes sont régulièrement lancé).

Soumis à des rythmes de production intenses (Uderzo produira jusqu'à 5 planches par semaines !) les créateurs (scénaristes et dessinateurs) adoptent des procédés narratifs standardisés.

Répartitions casuel de type hippodamique.

Personnages stéréotypé

Reprise de scénarios

Cliffanders de fin de pages.

Toujours dans le but de répondre à la double contrainte du lectorat et des autorités (parents, administrations) toujours en position de potentiel censeur, les revues (Tintin, Spirou, Pilote, Vaillant/Pif) conserve une démarche éditoriale de type "apprendre en s'amusant". Jusqu'à la fin des années 60 près de 50 % de la surface des journaux est occupé par des contenues non BD. Des dossiers sont présent à vocations clairement pédagogique dans lesquelles les héros vedettes des séries sont souvent sollicités (Tintin et Haddock illustreront ainsi une histoire de la marine et de l'automobile).

Dans ce contexte général, on comprend que les créateurs n'abordent les questions sociales du moment qu'à pas feutré en recourant à un discours édulcoré de la réalité.


Avec Jean Graton et les aventures de son héros, Michel Vaillant, le thème du conflit est ouest apparait dans 3 aventures durant la période des années 60.

Le pilote sans visage

Le circuit de la peur

Le 8° pilote.

Si dans les deux opus précédent la figure du russe est clairement désigné comme un adversaire, avec le 8° pilote, c'est une logique réconciliation qui est proposé.

A travers l'antagonisme de deux apprentis pilotes, l'américain Roy Johnson et le russe Nicolas Olensky Jean Graton m'est en scène un discours humaniste prônant un rapprochement entre les hommes par delà les nationalités et les idéologies.

Cela donne un album assez remarquable, dans lequel le sport se présente comme l'espace idéal de rapprochement.

Le russe et l'américain vont devenir amis

Le jeune français Yves issue des classes populaires vas parvenir à s'intégrer dans le groupe des élèves pilotes socialement plus aisés que lui.

Certes l'auteur recours encore à la redondance en commentant de manière pesante les actions.

P. 39 "N'est-ce pas , Yves que c'est dur de reconnaitre ses tords et de présenter des excuses publiques. Mais c'est tout d'abord un signe de courage qui honore celui qui le fait. C'est une question d'honnêteté avec soi-même et loyauté envers les autres ... Celui qui avoue ses torts n'a pas à en rougir.

Mais reste très cohérent au cours d'un récit, qui privilégie l'humain au système. Alors que dans le circuit de la peur, sous l'autorité du patriarche Henri Vaillant, les pilotes et constructeurs automobiles européens s'unissaient pour contrer la menace des russes et des américains sur leur marché, dans le 8° pilote Michel Vaillant ne cesse de privilégier l'humain à la machine et au système.

P. 45-46, il sacrifie deux voitures de courses pour permettre à ses deux élèves de s’affronter. Michel parlant de son père "Pour lui la mécanique passait avant les pilotes... Enfin presque toujours!... Moi je viens de sacrifier les voitures pour laisser à deux hommes la liberté de s'affronter , de se mesurer l'un à l'autre ! MAIS N'AI-JE PAS EU TORT !?"

Soulignant que l'importance de la primauté des rapports humains sur les enjeux politiques symbolisé là par l'industrie automobile.

Michel Vaillant en arrive à s'opposer à son père et son frère ainé directeurs de l'usine sur le choix de d'associer le russe et l'américain.

A terme du récit, il se dégage que par delà les apparences l'enjeu des relations humaines fraternelles transcendent sans conteste les réalités socio politiques et se présente comme le véritable espoir de l'avenir.

Notons que le parcours la course finale (Liège - Sofia - Liège) réunissant au sein du même équipage le russe et l'américain traverse le le rideau de fer sans difficultés (les passages de frontière sont à peine évoqué) et que l'amitié des deux pilotes ne s’effectue pas au nom d'enjeux supérieur comme le succès ou la victoire en course mais devant une situation humaine poignante d'un de leur camarade blessé.

Sur ce bonne journée.


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le 22 janv. 2023

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