André Franquin ne s'en sort plus!
Entre ses deux pages hebdomadaires des aventures de Spirou et Fantasio, les illustrations qu'il fait en plus pour aider les copains sur certaines rubriques du journal, et le boulot supplémentaire qu'il doit abattre pour les concurrents historique de chez Tintin en face, chez qui, suite à une petite brouille qui n'a pas duré avec Dupuis lui-même le dessinateur vedette avait proposé ses talents, et qui le voit désormais dans l'obligation après sa réconciliation avec le grand manitou de chez Spirou d'honorer ses différents contrats; entre tout ça, donc, ce brave André bosse comme un galérien.
Pour ces nouvelles aventures, il s'adjoint donc l'aide de Maurice Rosny au scénario et de Will pour les décors, tous deux officiants sur la série Tif et Tondu.
Forcément, tout cela engendre pas mal de frustrations chez André, et ce pour plusieurs raisons.
Primo, lui qui aime se laisser guider par l'inspiration du moment et plus ou moins improviser son histoire, se voit un peu piégé à contrecœur dans un scénario bien établi dans lequel il se sent à l'étroit.
Secondo, Franquin n'est pas d'accord avec la décision de Rosny d'ajouter une nouvelle caractéristique au marsupilami, le dotant d'une capacité d'imitation de la voix humaine tel le perroquet (et cette particularité ne réapparaîtra d'ailleurs jamais dans les albums suivants), mais il n'a pas envie de se montrer bougon vis à vis de cette aide providentielle, et s'oblige à continuer l'album sans trop râler, même si Rosny s'aperçoit bien qu'il y a un souci.
C'est donc un Franquin un peu démotivé et fatigué qui termine cet album. Le récit est d'ailleurs plus court que d'habitude et se verra augmenté lors de la publication en album d'une histoire courte de vol de voiture nommée Quick Super qui ne marque guère les esprits.
Dans l'ensemble, même si l'album s'avère sympathique, et que la frustration d'André ne se ressent jamais dans ses dessins, l'album fait partie des efforts les moins convaincants parmi les aventures du groom et de son ami durant le règne de Franquin sur la série.
La série, et le travail qu'elle demande le frustre de plus en plus; frustration qui poussera Franquin à s'évader vers d'autres horizons et l'amènera probablement à inventer un personnage de merveilleux glandeur insouciant pour qui le travail est une plaie: Gaston Lagaffe.
Mais ceci est une autre histoire.