- « Luke… »
- Ben ? Ben, c’est vous ? Ben, il est ici. Dark Vador. L’homme qui a tué mon père. Qui vous a tué. Je dois l’affronter. Je dois en finir.
- « Luke… Ecoute-moi attentivement… Cours. »
- Tu tiens cette arme comme un novice. Tu n’as aucun droit sur elle. Petit, tu n’es pas un Jedi. Qui es-tu ?
- Vous avez tué mon père.
- J’ai tué bien des pères. Il va falloir être plus précis.
Petite introduction pour resituer l’univers étendu Star Wars
Skywalker passe à l’attaque, premier tome de la série Star Wars (2015), est décomposé en six parties, publiées de mars à août 2015 (mars : partie 1, avril : partie 2, mai : partie 3, juin : partie 4, juillet : partie 5, août : partie 6). Cette série emblématique de Marvel, lancée après le rachat de Lucasfilm par Disney et publiée en France par Panini Comics dès octobre 2015, se positionne comme une pièce centrale du nouvel univers canonique. Elle se déroule en parallèle de Dark Vador (2015), qui explore les mêmes événements du point de vue impérial, et de Docteur Aphra (2016), avec lesquelles elle partage plusieurs crossovers. Initialement scénarisée par Jason Aaron et dessinée par John Cassaday, la série passe ensuite sous la plume d’autres auteurs et voit d’autres dessinateurs prendre le relais. Ce reboot version papier s’inscrit dans la volonté de Disney de rompre avec l’ancien univers étendu, désormais décanonisé et rebaptisé Star Wars Legends, afin de créer une continuité cohérente avec les films et la nouvelle trilogie post-Retour du Jedi. Une nouvelle page blanche destinée à redéfinir la saga. Un choix très critiqué en 2015, et qui reste encore aujourd’hui l’objet de débats intenses parmi les fans. Du coup, la question demeure, que vaut réellement le nouvel univers étendu Star Wars version Disney ?
Quand les comics surpassent les films et séries de l’ère Disney
Je ne vais pas m’en cacher, je n’aime vraiment pas ce qu’est devenue la saga Star Wars au cinéma et au petit écran depuis que Disney a repris la licence. Malgré quelques rares exceptions, la firme a réussi un pari pour le moins alarmant, à savoir transformer Star Wars en un univers monotone, dépourvu d’épique, souvent incohérent, et, surtout, éteindre presque toute forme de passion ou de hype autour d’une saga qui, autrefois, était fédératrice et pleine de promesses. Le problème ne réside pas seulement dans un manque d’inspiration créative, c’est surtout la manière dont la licence a été instrumentalisée. À force de productions calibrées à la chaîne, de récits sans fil directeur et de choix narratifs imposés par des agendas politiques, Star Wars semble aujourd’hui servir avant tout de vitrine idéologique, au détriment de la cohérence narrative et de la profondeur mythologique. Rien d’étonnant, à ce qu’aujourd’hui la saga traverse une crise profonde et inédite, trahissant en grande partie ce qu’elle représentait pour des générations de fans. Ce malaise est d’autant plus regrettable que Disney a balayé d’un revers de la main l’intégralité de l’univers étendu, rebaptisé depuis « Legends », du côté des comics et des romans, alors même que certaines de ces œuvres comptent parmi les plus riches et inspirées jamais produites dans la galaxie Star Wars. Pourtant, j’ai choisi de donner une nouvelle chance à cet univers (sauce Disney) à travers son relancement en comics et son ambition d’univers partagé, avec l’espoir, certainement naïf de ma part, qu’il parvienne à donner davantage de texture et de cohérence à des films comme Le Réveil de la Force, Les Derniers Jedi ou L’Ascension de Skywalker. Autant le dire tout de suite, la tâche semble très loin d’être évidente, d’autant plus que ce premier tome prend place entre les Épisodes IV et V de la Trilogie Originale, dans l’année suivant la destruction de l’Étoile de la Mort, et suit une nouvelle fois Luke Skywalker, Leia Organa, Han Solo et Chewbacca au cœur du combat de l’Alliance rebelle. Et pourtant, contre toute attente, ce premier tome est tout simplement excellent.
Jason Aaron situe l’ouverture du récit sur Cymoon I, l’une des plus grandes usines de production de l’Empire, où Han Solo, Chewbacca, Leia Organa, C-3PO, R2-D2 et Luke Skywalker mènent une mission d’infiltration à bord d’une navette impériale volée à un émissaire de Jabba le Hutt. Un élément central, puisque, après la destruction de l’Étoile de la Mort, Dark Vador a entamé des négociations avec le baron du crime afin de sécuriser les routes commerciales de la Bordure Extérieure et l’approvisionnement impérial. Ce premier segment s’impose comme un véritable succès. L’intrigue fait la part belle à l’action et à l’impact, soutenue par une cadence nerveuse et des échanges ciselés, qui préservent aussi bien l’alchimie du groupe que la personnalité propre à chacun des protagonistes. La seconde partie change de ton en éclatant le groupe et en élargissant le récit. Dark Vador retourne sur Tatooine pour une mission confiée par l’Empereur auprès de Jabba le Hutt, tout en cherchant à en apprendre davantage sur Obi-Wan Kenobi via le chasseur de primes Boba Fett. En parallèle, Luke revient sur Tatooine pour explorer le refuge de Ben Kenobi en quête de réponses, tandis que Han et Leia, à bord d’une navette impériale volée, recherchent une nouvelle base pour l’Alliance rebelle, traqués par un mystérieux inconnu issue du passé du contrebandier. Plus retenue dans sa cadence, cette seconde partie n’en reste pas moins généreuse en surprises et en séquences percutantes. Réunis, les deux volets prolongent avec naturel la trame des films, grâce à une écriture limpide, maîtrisée et intelligemment ancrée dans la mythologie de Star Wars. La dimension dramatique n’est pas en reste non plus. Qu’il s’agisse des doutes et tâtonnements de Luke, que l’on savoure de retrouver avant sa transformation en vieil ermite aigri amateur de lait vert, de la dynamique piquante et sarcastique entre Leia et Han, des maladresses toujours affligeantes de C-3PO, ou encore du conflit intérieur qui ronge Dark Vador, sachant que c’est à travers ce tome qu’il découvre qui est réellement Luke, chaque fil narratif fonctionne à merveille. En clair, c’est un pied intergalactique de retrouver ces personnages au sommet de leur forme.
Côté action, c’est un vrai régal. Dark Vador y apparaît plus badass que jamais, offrant des moments épiques, que ce soit lorsqu’il affronte un Chewbacca en mode sniper, lorsqu’il se retrouve face à Luke pour le premier duel au sabre laser du jeune Jedi, ou encore lorsqu’il met en pièces à lui seul un Quadri-Pode Impérial piloté par Han et Leia après un affrontement mémorable. Luke n’est pas en reste et se distingue par son courage, provoquant une nouvelle destruction massive en pilotant cette fois-ci une Motojet 74-Z, tout en commençant à maîtriser la Force. Il se livre ainsi à un duel intense et brutal contre le plus célèbre chasseur de primes de la galaxie, Boba Fett, ici retrouvé dans une incarnation radicale à la hauteur de sa réputation. Même les passages consacrés à Jabba le Hutt captivent, non par l’action pure, mais par le lien qu’il entretient avec Vador et, plus largement, avec l’Empire, ajoutant une profondeur stratégique à l’intrigue. Les dessins de John Cassaday, appuyés par les couleurs de Laura Martin, sont dans l’ensemble réussis, et participent pleinement à l’immersion, que ce soit à travers les décors ou les traits des personnages, fidèles à l’ambiance des films. Heureusement, car cela facilite grandement l’entrée dans l’histoire et ajoute au plaisir de retrouver nos héros cultes à leurs heures les plus glorieuses. Les visages sont réalistes et bien reproduits (malgré quelques irrégularités sur la fin) que ce soit ceux de Mark Hamill, Carrie Fisher ou Harrison Ford. Je regrette toutefois que les duels au sabre laser peinent parfois à rendre toute leur fluidité et intensité dans le format comics, contrairement à la bande dessinée franco-belge ou aux mangas, qui excellent à l’exercice de la fluidité dans les actions. Pourtant, ici, le rendu de l’action reste globalement très réussi. Le découpage est agréable et parvient à gérer aussi bien les séquences explosives que les moments plus introspectifs ou atmosphériques. On bénéficie même de plans véritablement épiques, comme le dernier, lorsque Vador découvre enfin la vérité sur Luke.
CONCLUSION :
Skywalker passe à l'attaque fait merveille là où les films et séries récents échouent, en capturant l’esprit de la saga, pour y mêler action percutante, drame obsessionnel et humour avec justesse, nous permettant ainsi de retrouver nos héros dans toute leur grandeur. Un vrai plaisir pour le fan que je suis, et une promesse enthousiasmante pour la suite (j’avais perdu l’habitude avec Star Wars).
Une nouvelle introduction qui fait un bien fou ! Enfin, la Force retrouvée !
- Je l’ai perdu.
- C’est fort décevant.
- Il a eu de la chance.
- M’apportez-vous quoi que ce soit de valeur, chasseur de primes ?
- Pas grand-chose. Juste son nom. Skywalker.
- …
- Bon, nous en avons terminé.
- …Skywalker.