Avec Visa Transit, Nicolas de Crécy nous embarque dans un road trip où l’essence ne manque pas, mais où le GPS semble s’être mis en grève. Entre journal intime et carnet de croquis fiévreux, l’auteur revisite une virée estivale à travers l’Europe de l’Est des années 80, avec une voiture qui tient plus du miraculé mécanique que du bolide de course.
Le récit avance comme cette vieille guimbarde : en cahotant, avec des arrêts imprévus et des détours narratifs parfois plus longs qu’un poste de douane soviétique. On passe du rire au flottement en un virage, à tel point qu’on se demande parfois si on n’a pas raté une sortie. Mais là réside tout le charme de l’aventure : un carnet de bord qui se fiche des itinéraires balisés.
Graphiquement, c’est un festival d’excentricités. De Crécy jongle avec des styles comme un acrobate sous amphétamines : tantôt des paysages somptueux et détaillés, tantôt des personnages réduits à des croquis surréalistes, un peu comme si le carnet de voyage d’un étudiant en arts plastiques avait fusionné avec un tableau dadaïste. On en sort intrigué, parfois émerveillé, mais un brin désorienté.
Côté émotion, le voyage oscille entre douce nostalgie et moments absurdes, avec une narration qui semble vouloir s’éloigner autant des clichés touristiques que des envolées sentimentales faciles. Cela donne un récit à la fois attachant et distant, un peu comme ce compagnon de route qui vous parle avec passion de sa vie mais refuse de partager son sandwich.
En résumé, Visa Transit est une escapade décalée, à la fois riche et inégale, où les amateurs d’aventures hors-piste trouveront leur compte, tandis que d’autres pourraient se perdre en chemin. C’est un peu comme une carte postale écrite à la hâte : les mots manquent parfois, mais le charme est là. Une expérience à tenter si vous aimez les voyages où le trajet compte plus que la destination.