Hell or High Water (Comancheria en France) est une totale réussite. C'est même, de loin, le meilleur film américain de 2016. Et c'est peu de le dire: car à défaut d'être un film Américain,


c'est surtout un film sur l'Amérique, et plus particulièrement sur le mythe américain. Comme le dit très tôt l'un des personnages clefs du film: "If it ain't Texas, then i don't konw what it is". Dès lors, cowboy, indien, braquage de banque, duel au fusil dans la vallée et équipée sauvage seront au cœur d'un récit riche en réinterprétation.
Trois mots, pour essayer de faire cours.



  1. D'abord, le scénario de Taylor Sheridan est une perle d'écriture, délivrant progressivement l'intrigue, loin de la facilité des caractérisations habituelles, ne laissant le récit se découvrir qu'au fur et à mesure, à l'instar de son précédent travail sur Sicario. Là encore, pas de construction en miroir, mais plutôt des trajectoires non pas parallèles, mais plutôt perpendiculaire, laissant deviner un croisement qui sera, sinon le climax, un des grand moment du film.


  2. La mise-en-scène de David MacKenzie, grande révélation du film, joue un rôle essentiel dans la lisibilité de l'intrigue. Rythmé, effréné, énervé, jamais grandiloquent, la mise en scène touche parfois (pour ne pas dire souvent) au sublime, comme en témoigne cette façon quasi inédite de filmer les voitures et leur trajectoires, s'en éloignant et s'en rapprochant dans de court plan séquence qui supprime les effets trop simple d'un montage alterné pour proposer autre chose, comme une sorte d'annihilation de la frontière entre l'intérieur et l'extérieur du véhicule, tout en roulant. Il y a quelque chose de prodigieux, discrètement comparable à ce que Michael Mann avait pu faire, notamment dans Miami Vice. Peter Berg, dont Michael Mann avait justement produit son The Kingdom, est ici à son tour producteur: est-ce un hasard esthétique ou une filiation toute trouvée? Peut importe: le film ne se limite heureusement pas à ça et offre bien plus qu'un simple gimmick cosmétique.


  3. Enfin, le casting, extraordinaire, qui joue sur autre chose que le charisme habituel de ses belles gueule pour parvenir à nous rendre l'intériorité des personnages sans que les poses ou les dialogues ne fassent mouches. Il n'y a absolument rien à jeter, de la serveuse un peu ronde du restaurant à la call-girl famélique du casino: tout le casting est dans une sorte de justesse naturaliste, une sorte de galerie de portraits qui dessinerait le contemporain sans le caricaturer ni l'édulcorer.



Hell or High water est donc une revisitation d'un genre, celui de l'âge d'or du western, mais c'est aussi une fable sur la terre et l'argent, la spoliation comme fondation sur lequel le mythe américain s'est construit. Certain se plaindront, à l'instar de Sicario, d'une absence de résolution dans l'opposition entre les deux paires de protagoniste. C'est que cette résolution, qui à pourtant eu lieu, est ailleurs que dans la confrontation, comme l'explicitera l’épilogue du film. Dès lors, plus de retour en arrière possible: la plus extraordinaire des subversions à enfin eu lieu.


Exaltant.


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le 26 sept. 2017

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