Le Grand Bleu constitue - avec le chef d'oeuvre Léon et l'excellent Le Dernier Combat - le meilleur du cinéma de Luc Besson. Magnifique histoire d'amour et d'amitié ce long métrage aux allures de documentaire clinquant et a priori sommaire en termes de contenu cache en fin de compte une virtuosité technique ahurissante, doublée d'une furieuse envie de raconter une histoire : la mise en scène du jeune Besson, pragmatique en diable, privilégie une narration simple et sans tapages formels susceptible de nous plonger sans détours dans la relation passionnée qu'entretiennent les trois protagonistes : Jacques, Enzo et Johanna.


Certes Le Grand Bleu se veut laconique et peu démonstratif, malgré la présence du truculent Enzo Molinari ( joué par l'irremplaçable Jean Reno, visiblement né pour ce rôle d'italien tour à tour rayonnant et taciturne, extraverti puis taiseux, comique et finalement bouleversant ) et la figure chaleureuse, rassurante de Johanna l'américaine ( Rosanna Arquette, excellente et toute en complexité fragile et caractérielle...). L'âme du film est toute entière portée par le personnage de Jacques ( Jean-Marc Barr ), jeune homme introverti d'une intelligence intuitive inouïe, dialoguant avec l'océan et ses nombreux dauphins sans perdre son temps à bavasser avec l'humain. La présence continue de la musique aqueuse, amniotique d'Eric Serra participe à la forme du caractère mystérieux et insondable de Jacques - le jeu marbré, sensible mais assez peu étoffé de Jean-Marc Barr en témoigne également.


A noter par ailleurs l'impressionnante utilisation du format scope, étalant littéralement les vues imprenables sur l'océan et ses côtes méditerranéennes tout en élargissant magistralement le cocon illimité des profondeurs du grand bleu. Il va sans dire que le film de Luc Besson est techniquement irréprochable, superbement filmé en plus d'être magnifiquement et simplement raconté. La relation robuste, complexe et poignante liant Jacques à Enzo est d'emblée explicitée par Luc Besson dans le prologue filmé en Noir et Blanc : mélange d'amitié, de respect, de fierté et de compétition cette relation forme la principale matière du récit. Là où Jacques incarne l'âme du Grand Bleu, le relation entre lui et son rival Enzo Molinari constitue le véritable fil conducteur du drame bessonien. Johanna, éperdument amoureuse de Jacques, incarne quant à elle le principe de réalité, l'éventuel et illusoire deus ex machina de ce voyage dépressif et tragique qui ne pourra définitivement pas se terminer sur la terre ferme...


Si le potentiel comique de Jean Reno, les nombreux seconds couteaux sympathiques et drolatiques - Jean Bouise impayable en oncle Louis, Marc Duret impeccable en petit frère - et les situations désopilantes, quasiment surréalistes de la première partie nous en préservent Le Grand Bleu est pourtant moins une comédie qu'un drame. Il s'en dégage une superbe histoire d'amour entre deux amis, entre ces deux amis et l'interminable profondeur de l'océan. Chef d'oeuvre de mise en scène à revoir régulièrement, Le Grand Bleu est un mélodrame ample et particulièrement émouvant.

stebbins
8
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le 8 mai 2015

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stebbins

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