Ahhhh, enfin on a un Boyhood en bien. Lifshitz est allé filmé deux ados pendant cinq ans pour livrer non pas une fiction mais un vrai documentaire sur l'adolescence. Cependant ce qui est fabuleux c'est que si on ne sait pas que c'est un docu on pourrait croire à un film hyper naturaliste.
La différence avec le film de Linklater c'est tout simplement qu'on y croit, que ça ne fait pas surécrit, ce n'est pas une compilation de passages obligés. En fait le film enchaîne les moments de malaise absolu où les gamines s'engueulent avec leur mère, où elles gloussent, c'est tellement gênant parce que c'est criant de vérité. Les filles elles vivent leur vie et c'est tout. Il n'y a pas d'intrigue, pas de réponses à chercher, juste elles vivent... aussi insupportables qu'elles puissent être.
En plus là le réalisateur a eu l'intelligence d'en filmer deux, deux amies qui sont différentes. On sent qu'il y en a une qui est issue d'une famille assez peu aisée (euphémisme) et l'autre qui vient d'une bonne classe moyenne. Et donc les relations avec les parents ont beau être conflictuelles avec les deux filles, il n'y a jamais de redite. La mère d'Emma semble plus stricte et froide, tout en s'intéressant vraiment à ce qui est le mieux pour sa fille, tandis que l'autre est plus émotive et totalement débordée par ses gamins.
L'autre bon coup du réalisateur c'est d'avoir osé parler un peu de politique, mais sans juger. Je veux dire qu'on y voit les attentats de 2015, l'élection de Macron et les réactions des ados. On voit que les réactions dépendent de la classe sociale, chez Anaïs par exemple, visiblement plus pauvre, on espérait une victoire de Le Pen en 2017 (sans bien sûr en tirer des généralités).
Le film est rythmé par ce qui a rythmé la vie des ces ados et la vie des français durant les cinq dernières années et mine de rien il dresse également le portrait d'une époque. J'ai notamment beaucoup ri lorsqu'une des deux, au moment des séparations car elles vont vivre chacun leur vie de leur côté loin de leur ville natale se met à râler car les jeunes générations c'est plus ce que c'était, que c'était mieux de son temps, etc. Peut-être la dernière génération à n'être pas née un téléphone à la main ! Comme quoi on peut venir d'avoir 18 ans et déjà être un vieux con réac !
En fait on retrouve ce que je préfère au cinéma : des tranches de vie. J'avais un peu peur que lorsque ça parle de la sexualité des ados ça ait juste l'air glauque, mais j'ai trouvé que vu qu'elles parlent entre elles on échappe à un côté inquisiteur malsain. Et de manière générale le film, même s'il pose la question de comment tout ça a pu être filmé, s'il s'agit de reconstitutions, d'improvisations où si la caméra était vraiment là pour filmer ça parce que les protagonistes s'y sont habitués, arrive à ne jamais tomber dans le voyeurisme et s'il est vraiment gênant, il l'est uniquement parce que clairement ces morveuses elles sont criantes de vérités et c'est difficile de ne pas se revoir au collège ou au lycée.
Encore une fois, il y a un côté universel qui me plaît beaucoup.
Et donc si on veut vivre l'expérience cinématographique de voir des gamines devenir des femmes, pour de vrai, ben Adolescentes propose quelque chose d'assez inédit et de bien plus réussi que le truc long, mou et faux de Linklater.