Étrange mariage entre « La guerre est Déclarée » et « O’Brother », Alabama Monroe est le premier film américain de Felix Van Groeningen, réalisateur de «La Merditude des Choses ».
Ah bon ? Ce film ne se déroule pas au Tennessee ou au Mississippi ? Il est tourné en flamand ? Il est censé se passer en Belgique ? Aucun fond américain ne participe à la production ? Ok, mais mis à part ces quelques petits détails, nous avons là une œuvre qui parait tout droit sortie de la sélection de Sundance, où il aurait sans aucun doute raflé quelques prix et fait pleurer le public et les critiques.
Alabama Monroe traite de la fusion puis de la déchirure d’un couple autour de la maladie de leur enfant, sur fond de musique Bluegrass. Là où « La Guerre est Déclarée » évitait subtilement le pathos, « Alabama Monroe » saute dedans à pieds-joints. Il s’agit certainement d’une maladresse du réalisateur qui, on le sent, n’avait absolument pas l’attention de délivrer un mélodrame pour ménagères à la recherche de sensations, un dimanche soir sur TF1. Mais cette maladresse confère au film un charme irrésistible. Par moments, c’est grotesque, mais à d’autres, quelle grâce ! Alors que le début du film nous laissait croire qu’on allait assister à une romance à l’eau de rose, stéréotypée ou à un mélo grosses ficelles malgré ses airs de petit film indépendant, on se laisse surprendre par les scènes bouleversantes que distille ce film avec parcimonie. Au début, on a honte, on se dit « Non, mais je ne vais tout de même pas me mettre à pleurer devant ce film pas terrible, devant un auteur reconnu, un Clint Eastwood ou un Sam Mendes (celui des Noces Rebelles hein, pas celui de Skyfall), ok, je veux bien me lâcher, mais, là tout de même ! ». Et puis, on finit par oublier qu’on a pu assister à certaines scènes particulièrement ratées qui nous ont limite procuré une certaine gêne pour le réalisateur et on profite pleinement de ces sublimes scènes de grâce qui ponctuent le film.
La musique est pour beaucoup dans la réussite malgré tout d’Alabama Monroe. Cette country Bluegrass n’est pas sans rappeler la BO d’O’Brother. Mais ici elle est encore mieux jouée et surtout chantée que dans le film des frères Cohen. Les voix sont sublimes, celle de Veerle Baetens est pure, cristalline, juste, magique, une Joan Baez moderne tandis que celle de Johan Heldenbergh est plus rocailleuse, parfois approximative, mais pleine de ce charme ingénu qu’ont certains chanteurs de Blues, inconscients de leur talent, un Bob Dylan à la voix grave. Les moments de duo sont superbes, le mariage de ces deux voix nous transporte. Impossible de rester de marbre devant la scène, où alors que ce couple vient d’exploser, ils se retrouvent à chanter « If I Needed You », dans un jeu subtil de tentative de rapprochement, d’éloignement, de « Je t’aime, moi non plus ». Les scènes « d’enterrement » font également partie des scènes les plus réussies, la musique vient s’y poser en décalage complet avec la solennité du moment conférant à la fois un petit côté absurde à la situation, mais démontrant aussi que le choc va être difficile à surmonter, plongeant le spectateur dans la même vague d’émotions que doivent ressentir les personnages.
Notre critique ne saurait être complète sans rendre hommage aux deux acteurs principaux du film. Veerle Baetens irradie. Comment ne pas tomber amoureux d’elle ? Ou plutôt comment ne pas tomber amoureux de ce couple ? Car c’est bien son association avec Johan Heldenbergh qui, tout comme le mariage de leur deux voix, sublime leurs jeux individuels respectifs.
Alabama Monroe est donc un film maladroit, souvent raté, mais sur lequel tombent sans prévenir des scènes parmi les plus émouvantes qu’il nous ait été donné de voir au cinéma cette année et qui nous font oublier les nombreux défauts de cette œuvre, nous laissant à l’issue de la séance dans un spleen dans lequel la réécoute de la BO nous replonge assitôt.