Quand le réal’ de Red Rocket refait les poches du rêve américain, version FSB et talons aiguilles.
Dans Anora, Sean Baker, cinéaste des marges yankees et des laissés-pour-compte fluo, plante sa caméra entre les faux-cils d’une stripteaseuse de Brooklyn et les faux-semblants d’une dynastie russe aussi friquée que farcie. Le résultat ? Une comédie sociale qui slalome entre conte de fées déglingué et satire douce-amère, sans jamais tomber du fil.
Anora, c’est donc elle, la reine de cœur en string léopard, qui met le grappin sur Vanya, fiston d’un oligarque de l’ex-URSS. Coup de foudre, mariage express à Vegas, et panique à bord chez les parents de monsieur, qui rappliquent en mode KGB familial pour sauver les apparences – et surtout le fric. On devine la suite ? Pas tout à fait. Car Baker, en habile marionnettiste, tricote des archétypes pour mieux les défaire. Anora, qu’on aurait cru piégée dans un stéréotype à la Pretty Woman sous amphét’, se révèle plus maligne que prévu. Et plus touchante, aussi.
Tourné caméra à l’épaule et pied au plancher, Anora rappelle que la beauté peut surgir dans un club miteux du Queens ou au détour d’un regard fatigué. Le film évite le cynisme bon marché et fait de ses personnages des êtres entiers, ni héros ni salauds, juste humains – ce qui, par les temps qui courent, vaut presque palme d’or.
La critique sociale n’est jamais appuyée, les dialogues claquent comme des taloches bienveillantes, et Mikey Madison dans le rôle-titre promène sa fragilité crâneuse comme une épée de Damoclès rose bonbon. Mention spéciale à la galerie de seconds rôles, dignes d’un banquet de Poutine revisité par les frères Coen.
Bref, Anora, c’est un peu le rêve américain mis en quarantaine, ausculté avec tendresse et humour par un réalisateur qui sait que derrière chaque néon clinquant se cache une ampoule prête à péter. Une chronique sociale sans pathos, un conte trash qui finit bien – ou presque.