C’est malheureusement sur Netflix que revient Romain Gavras après le brouillon Notre Jour Viendra et la plus aboutie comédie Le Monde est à toi. Malheureusement car le film qu’il nous propose est un film qui gagnerait à être vu en salles tant il stylise sa mise en scène et lui donne une ampleur presque mythologique. D’où Athéna, déesse de la guerre, pour titrer ce film.
Gavras joue la carte de l’immersion en utilisant abondamment le plan-séquence, parfois avec excès, ce qui ajoute de la lourdeur au long métrage. Mais c’est en réalité assez dur de lui reprocher tant il exprime ses qualités de metteur en scène disons visuel, esthétique (pour ne pas dire tape à l'œil). On le sait, il vient du clip et ça saute aux yeux dès l’ouverture avec un plan-séquence aussi impressionnant que complexe. Ce genre de film divise souvent sur la question de l’intérêt de ces esthétiques de “poseur”, plus démonstrations techniques que réflexion de mise en scène profonde. Cependant je trouve que Gavras justifie cette stylisation marquée, ces plans explicitement techniques et construits, complexes par deux choses.
Premièrement, comme dit plus tôt, le film repose clairement sur l’immersion du spectateur. La figure du plan-séquence est donc plus qu’appropriée pour faire entrer le spectateur dans le récit. Il reste majoritairement à hauteur d’Homme, nous plongeant réellement dans cet espèce de huis clos, et là aussi utiliser le plan-séquence a un intérêt pour spatialiser efficacement la cité Athéna où toute l’histoire se joue. Malgré le huis clos, la caméra suit beaucoup de déplacements, en vue à la 3e personne de dos, à la manière d’un jeu vidéo travaillant encore une fois l’immersion. C’est d’ailleurs assez intéressant de voir l’impact esthétique des jeux vidéo dans ce genre de plan.
Montrer ces déplacements représente aussi un enjeu de rythme en explorant ce champ de bataille, on peut par contre regretter le manque d’autonomie de la caméra, qui reste collée en permanence à un personnage qui dirige le plan.
La stylisation explicite est aussi justifiée par l’ampleur tragique et mythologique que veut donner le réalisateur à son récit, ce qui passe par ces images marquantes, l’utilisation des musiques et des ralentis qui viennent appuyer encore une fois cette revendication de style outrancier.
Cette tragédie fratricide rappelle, forcément, Le Parrain, les quatre frères sont presque des calques des frères Corleone, Abdel suivant le même schéma narratif que Michael Corleone.
Le tragique fonctionne plutôt bien, même si tous les personnages et aussi tous les acteurs ne se valent pas. Certains ont du mal à exister dans ce chaos ou sont vraiment inintéressants comme le dealer qui en plus joue assez mal. La plupart de la distribution ne joue pas très bien mais l'intérêt du film est bien plus dans sa mise en scène que dans l’interprétation des acteurs.
Le film n’est pas exempt de défauts mais est très réussi sur ce qu’il propose en tant que spectacle esthétique immersif, et bien qu’on puisse lui reprocher son écriture, son abus de style ou encore le jeu des acteurs, le plus gros reproche que je lui fais c’est de pas être sorti en salles.