Troisième long-métrage réalisé par Halija Reijn, cette actrice néerlandaise reconnue, après Instinct : liaison interdite et le récent Bodies, Bodies, Bodies, Babygirl poursuit dans la représentation des relations sulfureuses homme-femme, en nous proposant un thriller érotique, tout autant psychologique d'ailleurs, mettant en jeu, de manière très impudique, les désirs enfouis et autres frustrations sexuelles de Romy, une femme de plus de 50 ans, rajeunie au botox, cette PDG d'une société de haute technologie robotique, qui a tout pour être heureuse tant sur le plan professionnel que personnel avec un mari aimant et tendre, et 2 filles épanouies.
Ainsi, ce film nous raconte comment Romy tombe sous l'emprise d'un stagiaire de sa société, et développe avec lui une relation sado-maso, au mépris de toute convention, ce qui ne va pas manquer de créer de graves perturbations à la fois dans son activité professionnelle et dans sa famille.
Ce film participe de la nouvelle vague de ces réalisatrices, qui s'intéressent, dans un monde post @MeToo, aux désirs des femmes dans une approche plus ou moins féministe, à l'instar cette année de films comme Emmanuelle, Les femmes au Balcon, Diamant Brut ou encore The Substance. Cette forme de libération dans le cinéma est certes une bonne chose, sauf qu'en général, le rôle des hommes y est plutôt minimisé, voire traité avec misandrie.
Bodygirl n'échappe hélas pas à la règle, tant le personnage de Romy est particulièrement bien travaillé, entre nécessité de garder le contrôle, la pression excessive, et le lâcher prise total, mais tant les rôles du mari Jacob et du stagiaire Samuel sont hélas peu développés, voire manque de crédibilité, ou méprisés !
Et même si l'on sent une influence bénéfique des thrillers érotiques en vogue dans les années 80-90 comme Basic Instinct de Paul Verhoeven (pour lequel la réalisatrice a joué dans Black Book en 2006), 9 semaines 1/2 et Liaison Fatale de Adrian Lyne, ou La Pianiste de Michael Haneke, le scénario du film de Halina Reijn manque d'envergure, de suspense véritable et de rebondissements à la hauteur des questionnements intimes de Romy, dont le spectateur pourra juger s'ils sont légitimes ! En tout cas, elle n'hésite pas à montrer la honte et la culpabilité qu'elle ressent d'être livrée à ses démons.
En acceptant le rôle de Romy, cette femme aux prises à ses désirs basiques, voire animaux, Nicole Kidman s'expose comme jamais (pourtant déjà habituée des films sulfureux comme Eyes Wide Shut ou Paperboy), mais prend un risque qui s'avère payant car c'est bien elle qui fait le film, voire le sauve. Car avec elle, la femme dirigeante et sa face cachée inavouable se côtoient en permanence avec profondeur et sensibilité, que ce soit dans son rôle modèle de femme dirigeante dans un monde d'homme, très crédible dans les sociétés high-tech d'aujourd'hui, sous forte pression pour répondre aux enjeux d'instantanéité d'Internet (on ne peut s'empêcher de penser que le meilleur client de son robot Harvest est Amazone), ou dans son rôle d'épouse et de mère de famille où on la découvre de moins en moins parfaite.
Et même la bagarre pour les talents orchestrée par sa DRH Esme (Sophie Wilde qui joue avec talent un rôle in fine important contre puis aux côtés de Romy) est crédible dans ces sociétés, en atteste la vague de stagiaires qui arrive au début du film. Parmi eux, Samuel, incarné par le jeune et prometteur acteur de 28 ans Harris Dickinson (vu dans Sans filtre) jette son dévolu sur Romy qu'il choisit comme mentor, tantôt très juvénile, tantôt très dominateur dans cette relation d'emprise mutuelle malsaine, dont on se demande jusqu'à la fin ce qu'elle apporte réellement aux vrais désirs de Romy. Les scènes soi-disant érotiques entre eux sont assez mal mises en scène (sans rien montrer si ce n'est la mettre à quatre pattes comme son chien, guère plus) et relèvent plutôt de la lutte psychologique et du chantage, comme si la réalisatrice n'osait pas aller au bout de la logique de son film. Et c'est paradoxalement avec son mari Jacob, metteur en scène de théâtre, (joué par un assez bon Antonio Banderas qui fait ce qu'il peut pour exister entre Romy et "son" stagiaire) que ces scènes érotiques sont les plus crédibles et révélateurs de vérité.
Au final une déception certaine, malgré les récompenses déjà engrangées à Venise et aux golden Globes, pour un film annoncé comme un des meilleurs de l'année 2025 !