Contrairement à ce que laissent supposer les arguments développés lors de la promotion du film, orchestrée principalement autour de la présence symbolique et dénudée de Nicole Kidman, Babygirl n’est pas (loin s’en faut) un film érotique et pas tout à fait un thriller.
Même si A24 (aux manettes ici), studio récent très en vogue ces dernières années et réputé pour son cinéma indé, se veut plus libre dans son approche du cinéma que les grosses majors, en réinvestissant avec bonheur les conventions des cinémas de genre ("Midsommar" pour une horreur en pays utopique, "Everything Everywhere All at Once" et son multiverse, "Civil War" et sa vision des scènes de conflit....), ses productions s'envisagent toujours dans l'ombre sournoise d'une censure morale qui, aujourd'hui encore marque de son empreinte les médias outre atlantique.
Dès lors entre les intentions affichées, les ambitions déclarées de la réalisatrice, les attentes des uns et des autres et un résultat final quelque peu foutraque et décevant," Babygirl" est un objet un peu hybride aux accents erratiques, certainement plus passionnant pour les débats qu'il va immanquablement alimenter ici (ou ailleurs), que pour ses qualités cinématographiques.
Car, en mettant volontairement l'accent sur l'appréhension des frustrations sexuelles d’une femme d’âge mûr -Romy- au sein de son couple, nées de l'incapacité à exprimer ses désirs à son conjoint( Antonio Banderas), Halina Reijn ancre son propos dans une dynamique tortueuse, et si il est souvent question de jeu, la sexualité ici n'est pas nécessairement (tout au moins pas toujours) joyeuse.
Lorsque Romy, beaucoup plus âgée que son amant (un jeune stagiaire embauché au sein de la start-Up qu'elle dirige) entre dans une lutte de domination tentant (ou faisant mine) de résister mais rêvant de s'abandonner au lien de soumission que ce dernier, séducteur froid sûr de lui,et manipulateur tente de lui imposer, elle devient esclave de ses pulsions, perd peu à peu le contrôle.
Le malaise provoqué par cette dichotomie est palpable à l'écran, cet asservissement (d'une mère et femme modèle) rend le propos et le métrage mal aimable (un peu "cringe" disent nos cousins américains), parce qu'il représente l'avilissement de l'image de la femme selon les critères moraux encore en vogue à l'heure actuel ( mais bordel Ressaisis-toi Nicole !). mais c'est justement là que le débat prend tout son relief : est-ce qu'une œuvre, parce que son propos dérange et parce qu'elle bouleverse les schémas de pensée de certains, est nécessairement détestable ?
Non, évidemment, mais ce qui dérange réellement ici, c'est l'incapacité des créateurs à donner de l'ampleur à leur récit, par l'image d'abord, la réalisation reprend à l'excès l'identité visuelle des films A24: plans étroits, cadres serrés pour symboliser l'enfermement, éclairages au néon hyperstylisés, symbolique narrative esthétisante très appuyée (lorsque Romy devient cette babygirl heureuse apparait une danseuse, dans un élan poétique).
Et puis évidemment , les références à "Eyes Wide shut" sont nombreuses et probablement assumées (Kidman nue de dos, son arrivée dans le club, l'addiction à la sexualité), mais le film de Kubrick avait déjà tout dit et de bien plus belle manière. En comparaison, Babygirl semble terne, voire sans enjeu lorsqu'il aborde une scène finale à la morale bon marché
Happy end déroutante,
qui s'oppose au sous-texte désenchanté d'un film qui en dit long globalement sur notre époque, sur le besoin viscéral pour l'homme de se soustraire au monde qui l'entoure : le sexe au même titre que les drogues ou la danse s'imposent en exécutoires qui ne soignent pas les maux de l'âme. Bref le constat est amer dans bien des domaines...