Primo, je n'ai pas voulu faire le lien avec le fait divers en question même si j'avais entendu parler de l'affaire. J'ai donc regardé Bac Nord sans son background. Avant-même sa vision, je pressentais une sorte de Misérables bis, et l'affiche autant que le titre résonnaient un peu trop avec le cinéma d'Olivier Marchal qui me saoule depuis un moment déjà.
Seulement, voilà ! Cédric Jimenez n'est pas Olivier Marchal ( qui selon moi ne fera jamais mieux qu'MR73 ) Ses deux précédents longs métrages m'avaient plu, alors j'avais quand-même de l'espoir. Après visionnage, je reste mitigé car le film aurait pu être une claque. Prenons donc ses qualités indéniables qui m'ont plu.
BAC NORD s'attarde moins sur ses personnages que dans LA FRENCH ( normal aussi, bien que ce soit aussi un fait divers, il y a nettement moins de matière ) et percute tout de suite, sans temps mort, ce qui est le premier bon point de ce film. Pas de baisse de tension pendant une bonne heure, au moins. En cela, BAC NORD répond aisément au cahier des charges du film d'action.
Jimenez virevolte même avec sa caméra à certains moments avec brio et sait faire parler les cités avec force conviction. Les gamins de la cité jouent mieux que François Civil quand il prend soudain l'accent marseillais, frisant le ridicule, d'ailleurs, il le verra vite par lui-même au gré du film et glissera fort heureusement peu l'accent, comme les autres au bout du compte.
On est à pourtant à Marseille, mais mieux vaut éviter de composer maladroitement avec l'accent
de Marseille, j'entends celui de Marius et Jeanette, et je pense qu'ils ont bien fait.
Ainsi, dès l'entame, Cédric Jimenez annonce la couleur et ça sent bon le shoot d'adrénaline à venir, et l'immersion tant attendue. Et tant mieux, ça se précise, par la suite.
On pourra à fortiori reprocher à Bac Nord d'être trop dans l'action et peu dans la psychologie, et d'avoir expédié son trio ( l'homme esseulé, pauvre Gilles, il t 'a donné que dalle à bouffer, Cédric, mais bon, tu fais ce que tu peux, tu joues juste et c'est pas le pédigrée de Zampa qu'on t'a refilé, l'homme marié ensuite, futur papa, est le personnage le moins vide, mais il est bizarrement joué par Karim Leklou bien que cet acteur ait ce quelque chose de singulier, et enfin le beau gosse incarné par le déjà trop usité François Civil qui trimbale comme à son habitude sa belle gueule et ses yeux de chat poté sans avoir à trop en faire. Bac Nord n'ira pas fouiller plus loin, anyway.
Se contentant de montrer la guéguerre permanente autour de la drogue car c'est bien l'objet central du film. La drogue. La drogue et ses guerres de pouvoir, ses intimidations, ses informateurs sous pression, ses perquisitions (...) on joue ici dans la cour des grands avec un danger constant mais sans vraiment rentrer pleinement dans le sujet. Si l'on voit bien qu'entre BAC et Banlieue, c'est une guerre sans fin, Bac Nord soigne surtout son visuel, mais sans jamais vraiment creuser ni se positionner. Et quand il veut donner un peu de mou psychologique, on s'ennuie presque.
Le dernier tiers est forcément moins efficace et casse le rythme soutenu du départ.
Mais Bac Nord m'a quand-même bien tenu en haleine pendant plus d'une heure et effleure le 7.
Et quant aux actrices, elles sont un peu délaissées, les pauvres. Au sens propre, comme au figuré. Adèle Exarchopoulos fait ce qu'elle peut pour donner chair à son personnage au même titre que Kenza Fortas ( les meilleures interprètes du film selon moi )
Pour le reste, pas grand chose à se mettre sous la dent sinon des bonnes joutes verbales, un verbiage savamment orchestré. C'est l'autre bon point du film : ses joutes grotesques.
Au risque de me répéter, Bac Nord est un film d'action et il faut le prendre ainsi pour l'apprécier.
Ca joue du gun, ça insulte à tout va, ( la scène dans la voiture est très drôle et vaut le détour comme celle à l'entrée de la cité ) ça crache, ça menace, ça invective, ça montre par la même, les carences de langage, langage ici qui flirte avec la préhistoire. Et avec toutes les pantomimes qui vont avec. Tout ce "spectacle" orchestré par Cédric Jimenez est vraiment réussi et crée une sorte de tension qui vous tient et vous embarque facilement. Mais la chute est vraiment décevante. D'autant qu'elle vient comme un coup d'arrêt. L'atterrissage est vite expédié, et les acteurs s'en ressentent dans leur jeu. Si l'on s'arrête au bout d'une heure quinze, Bac Nord est un très bon film. Moins puissant que Les Misérables ou Divines, moins subtil que Voyoucratie, moins fouillé que Police ou SK1, moins étincelant que La Haine, son matériau initial ne le permettant pas, il tape néanmoins là où ça fait mal, et montre bien le malaise permanent, continu, entre flics et trafiquants, entre police et banlieue, cette incommunicabilité, et surtout, l'impossibilité actuelle d'y voir la fin.
Pas d'espoir, donc. Et des cités qui ressemblent de plus en plus à des bunkers. Pas du lumière au bout du tunnel. Il délivre en ce sens un message fort. Il faudra qu'un jour, le gouvernement s'interroge VRAIMENT sur l'idée de dépénaliser le cannabis pour mieux le contrôler car ils n'ont plus la main mise depuis longtemps déjà, et ce n'est pas un coup de filet comme celui-ci qui arrêtera une machine à fric aussi bien huilée. Il faudra un jour mettre tous nos à priori de côté
pour se concentrer sur un plan prévoyant de sauver des milliers de vies ( mort ou prison )
Cédric Jimenez aurait pu le montrer un peu plus du doigt, mais je pense qu'il n'a pas osé se positionner vraiment. Par peur, je l'ignore. Il jette donc son regard seulement. Dommage.
Car un point final sur la cité claquemurée aurait davantage marqué les esprits. J'aurais apprécié qu'il coupe les cinq dernières minutes laborieuses et j'aurais laissé au spectateur l'image d'un bunker qui aura juste sourcillé l'espace de quelques heures.