Voilà un film (un téléfilm d’ailleurs) qui s’inscrit totalement dans son époque. Dans les années 80, les récits policiers avaient un goût prononcé pour le glauque et le malsain. Rien d’effrayant bien entendu, mais une ambiance poisseuse qui évoque des films comme La Corde raide, Le Beau-père ou Le Justicier de minuit. La qualité de la copie qui circule ne fait que renforcer cette impression (elle s’apparente à une vieille VHS) et rappelle les bonnes heures des vidéoclubs où le film avec sa jaquette d’une cagoule bondage a rencontré le succès qu’on imagine. L’image tout en grisaille et en scènes nocturnes participe à la tonalité de l’ensemble. Blackout est donc, d’abord, un thriller d’ambiance, dénué d’action, qui joue sur la tension de son récit et sur la qualité de son interprétation.
Le résultat, à défaut d’être surprenant, est à la hauteur de ce qu’il faut en attendre, à savoir une petite série B bien fichue. La mise en place de l’ensemble, même si elle se fend de quelques ellipses, prend un peu de temps mais il était difficile de faire autrement. Dans sa toute dernière partie, l’intrigue s’épaissit avec l’intégration d’un nouvel élément (un sadique sexuel masqué qui sévit dans la ville) qui semble tomber comme un cheveu sur la soupe mais qui lance le spectateur sur de fausses pistes, lesquelles rendent l’histoire plus intrigante. Celle-ci, on le comprend bien, manque d’équilibre mais l’emploi des quatre personnages principaux du film assure une certaine cohérence qui a la bonne idée de se renforcer au fur et à mesure que le récit avance.
Si elle est fonctionnelle, la réalisation est efficace. L’ambiance est le point fort du film et Douglas Hickox (à l’aise dans Braningan ou Intervention delta) s’en sort à nouveau ici très bien. Les présences de Keith Carradine en bon père de famille, du grand Richard Widmark en retraité tenace et de Michael Beck en flic ambigu finissent par emporter le morceau. Ce n’est pas du grand art, mais c’est plutôt plaisant. Les nostalgiques des vidéoclubs devraient tout à fait y trouver leur compte.