Au revoir mon enfant
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le 19 nov. 2024
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Le premier long métrage de Steve McQueen, Hunger, remonte à une quinzaine d’années, maintenant. Pour être honnête, c’est l’un de mes films préférés. Vu deux fois en salle, un choc, puis revu plusieurs fois ensuite. Un film de prison sur des prisonniers politiques de l’IRA, en trois tableaux, visuellement étourdissants. C’était un bel objet expérimental, au sens où il tentait de capter une respiration, une forme. Le mec avait donc placé la barre très haut, d’entrée.
Ensuite, toujours avec Michael Fassbender, McQueen a fait Shame. Déjà, on le sentait gagné par une espèce de classicisme, de fond comme de forme, mais le film était traversé par des pics de sidération hallucinants. J’avais adoré.
À noter que je ne connais pas ses premiers travaux. Il a réalisé un nombre incalculable de courts métrages mais je ne sais pas ce qu’ils valent, au regard de ces deux premiers longs brillants.
Puis je suis allé voir Twelve years a slave en salle. Les bras m’en tombaient. Film brillant, encore, mais que n’importe quel quidam brillant pouvait faire. Un film si classique, si littéral et par ailleurs multi oscarisé (Cqfd) c’était très décevant, surtout de la part d’un auteur qui m’avait d’abord semblé expérimenter.
J’ai donc laissé tomber Steve McQueen. Je me souviens de la sortie des Veuves. Le film avait été relativement encensé mais j’ai fait l’impasse. Il y a aussi eu sa mini-série Small Axe, mais pareil, je n’ai pas fait l’effort.
Je suis tombé sur Blitz un peu par hasard. L’histoire d’une femme, à Londres en 1940, qui envoie son fils de neuf ans dans la campagne anglaise comme beaucoup le firent à l’époque, afin d’échapper aux bombardements allemands. Or le garçon saute du train et envisage de la rejoindre.
Le film évoque à la fois Oliver Twist et Wild boys of the road (l’un des chefs d’œuvre de William Wellman) mais il s’agit aussi de filmer Londres sous les bombes, la vie souterraine, la ségrégation, nimber le récit de flashbacks, de séquences de rêve. Hormis la photo très léchée et des plans ahurissants, je ne retrouve rien de Steve McQueen dans ce film très fabriqué et parfois d’une grande lourdeur. Le montage alterné – on suit la mère d’un côté, l’enfant de l’autre, jusqu’aux retrouvailles – n’est pas très stimulant, les temporalités respectives ne s’imbriquent pas. Il est rentré dans le rang.
On se satisfait malgré tout de certains partis pris narratifs et formels : Le long plan-séquence au sein des festivités du cabaret bien qu’impressionnant semble un peu gratuit. Or il précède un bombardement très proche, qu’on ne verra pas, mais qui nous dévoilera ses conséquences : une foule inerte – aux poumons explosés au moment de la déflagration – en train de se faire voler par des pilleurs. Par bribes, il m’arrive par instant de voir des restes d’Hunger là-dedans. Mais vraiment des restes.
Bref, tout ça pour dire que je continuerai de regarder les films de Steve McQueen si je le croise par hasard, comme on prend des nouvelles d’un vieil ami d’enfance, mais tous les deux on a bien trop changé pour à nouveau s’entendre.
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il y a 2 jours
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