Ceci est un conte comme le cinéma sait parfois nous le raconter quand nous savons un instant libérer notre esprit et retrouver une disponibilité et un esprit d'enfant.
Y a-t-il une histoire vraie qui a inspiré les scénaristes et le réalisateur dont ils auraient entrepris une adaptation très libre et pleine de fantaisie ? Ou simplement l'imagination féconde des auteurs a-t-elle voulu ancrer leur esprit fantasque dans les montagnes du Dauphiné et dans la bonne ville de Lyon ? Peu importe, le résultat est plaisant et trouve une certaine résonance en nous et nos propres rêveries.
Pierre/Clovis Cornillac a toujours vécu loin du monde parmi ses abeilles et les mellifères qu'il crée, adapte, bouture, encourage de la voix, flatte du regard. Quand ses parents meurent sous les branches d'un arbre qui sans raison apparente a chuté et que le maire de la commune lui remet une enveloppe confiée par les parents défunts, sa vie bascule. Il ne serait pas le fils de son père et de sa mère et il serait un enfant abandonné à la bonté du monde. Un chèque représentant une coquette somme sera son héritage en même temps que la propriété d'un appartement à Lyon.
Pierre va donc se lancer dans une longue quête sur l'histoire de ses origines avec comme seuls indices une photo d'enfant et un mot sibyllin sur ses vrais parents. Désormais, ce n'est pas seulement sa vie qui change, mais aussi tout son univers et ses repères qui basculent. Pierre ne possède ni les clés, ni les codes de sa nouvelle vie, mais sa rencontre avec Anna délicatement interprétée par Alice Pol va lui permettre d'assimiler peu à peu tout ce qui peut être de quelque utilité. Ainsi découvre-t-il qu'on ne peut acheter un pain en donnant à la boulangère un chèque de 45 000 euros même s'il était au porteur et qu'avec un billet de banque de 50 euros il est tout à fait possible d'acheter un seul croissant à 1 euro sans être contraint d'en prendre 50.
Anna est une jeune femme un peu instable et bohème qui s'est vu retirer sa petite fille dont elle ne retrouvera la pleine garde que si elle peut lui offrir des conditions de vie décente avec un vrai logement et des ressources réelles, donc un travail. Pierre et Anna vont vivre un échange de service tout naturellement ; il l'héberge et assure le couvert et elle l'assiste dans la recherche de la mère biologique. Ensemble ils vont poser les jalons d'une production de miel à la ville pour rassurer les services sociaux.
Pierre est un garçon d'une grande sensibilité qui sous le choc d'une émotion change de couleur et passe d'un teint de jaunisse avancée à un bleu de schtroumpf délavé. Quand enfin ils approchent de leur but et que Félicie Fontaine sous les traits de Myriam Boyer se révèle comme la possible mère biologique recherchée, l'émotion est trop intense pour Pierre qui en devient transparent et invisible. Cette nouvelle mutation n'est pas sans intérêt quand il s'agira avec quelques joyeux compagnons un peu déjantés d'enlever la petite Lise pour qu'elle retrouve sa mère.
Pierre, Anna et Lise vont vivre heureux, une vie d'amour partagé sous le regard bienveillant de leurs amis fantasques mais pas dépourvus d'humour abandonnant à ses aigreurs la revêche directrice du foyer de placement d'enfants.
Tout est bien qui finit bien dans un monde apaisé où chaque jour n'aura que sa propre peine.
Pas toujours, loin s'en faut, parmi les premiers à me laisser enchanter par les contes, légendes et autres fantaisies, je devais cette fois être dans un bon jour et d'humeur moins belliqueuse que d'habitude ; je me suis donc laissé aller à mon plaisir et vous invite à faire de même, ne serait ce que pour retrouver une fois de plus Alice Pol.