Coco
7.7
Coco

Long-métrage d'animation de Lee Unkrich et Adrian Molina (2017)

Il est assez amusant de voir les critiques et les partisans d'une oeuvre se renvoyer toujours la balle sur un points majeurs de l'argumentaire, en l'occurrence ici celui de l'originalité, puisque Coco se déroule dans un univers extrêmement similaire à celui de La Légende de Manolo, petit projet d'animation produit par Del Toro dans en 2014 (alors que Coco était prévu pour 2015, mais avait alors été repoussé, justement pour éviter la comparaison). Visuellement, le style chargé rapproche beaucoup les deux films dans les scènes du monde des morts (Pixar en fera bien sûr un peu plus, en se permettant de personnaliser nombre d'animaux notamment), et surtout, le folklore mexicain y est là aussi mis en avant (moins sur la corrida que sur les personnages, des gimmicks tous assez attachants). Dernier point plaidant pour la filiation : les thématiques familiales (à la fois en tant que support et encadrement) qui charpentent le récit. Difficile donc pour Coco de s'affranchir de ces racines communes si on connaît le précédent effort. Toutefois, l'oeuvre prise en elle même n'en est pas moins efficace pour autant.


En se déconnectant d'enjeux plus adultes (les héros du Book of Life y étaient de jeunes adultes tentant de faire leurs preuves), Coco se recentre sur les liens familiaux et insiste sur l’ambiguïté familiale qui soutient dans la direction qu'elle a choisie pour ses membres. En cela, le parcours sentimental de Miguel apporte son lot d'émotions, et la seconde thématique tournant autour du souvenir que laissent les morts (nécessaire pour continuer leur après vie) trouve ici un bon écho dans sa représentation de la vieillesse. Le public pourra donc facilement se projeter au travers de cette dernière, soit par l'intermédiaire de ses grands parents, ou des souvenirs "limités" qu'il a de ses ancêtres. Avec ces choix, il s'écarte clairement de Manolo et remplit sa mission de divertissement familial accessible à tous. On se délectera également de la direction artistique assez colorée de l'ensemble du film apte à flatter la rétine. Encore une fois, le degré de surprise visuelle dépendra de la découverte ou pas de son prédécesseur. Pour le reste, la virtuosité reste contenue dans ses scènes émotion clés, à savoir surtout durant ses séquences familiales dans le monde des hommes, et sa volonté de renouer avec les racines de ses prédécesseurs, en redonnant à la Famille l'intégrité qu'on lui conteste régulièrement (on sent que je prépare ma critique de Jusqu'à la garde, joli portrait de famille dysfonctionnelle). Avec ces quelques arguments forts, le film a vocation à marquer. Mais il me semble que Manolo reste au dessus avec les mêmes ingrédients. Notamment parce que ce dernier y introduisait l'échelle du temps. Ici, tous les évènements sont comprimés sur une durée très brève, une nuit en fait, sans laisser à nos personnages l'occasion d'évoluer ou de faire des erreurs, alors que Manolo et Joachim incarnaient deux types d'hommes différents qui avaient chacun leur chance et leur talent pour se tailler leur place dans le monde. Et d'ailleurs, si les pressions familiales y étaient là aussi très fortes, la famille évoluait après avoir constater que les chemins divergents pouvaient eux aussi porter leurs fruits. La quête infantile y était remplacée par l'affirmation de soi, thématique elle aussi incluse dans le récit de Coco, mais davantage immersive que ces petits rebondissements qui occupent l'essentiel de la balade au pays des morts. Une sortie honorable pour Disney (puisque Pixar, c'est bien Disney).

Voracinéphile
6
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le 10 déc. 2017

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