- On lui en a donné pour son fric, à cette petite garce.
- Donne‑moi ça ! Viens là, tarlouze. Fais le con avec moi. On va voir qui encule qui, à l’arrivée.
L’Enfer carcéral à 300 km/h
Remake du film fauché devenu plus ou moins culte La Course à la mort de l’an 2000 de Paul Bartel sorti en 1975 avec David Carradine et Sylvester Stallone, Course à la mort version 2008 s’inscrit dans une catégorie de relectures qui, sans renier leur matériau d’origine, le propulsent dans une dimension bien plus musclée, métallique et industrielle. Là où l’original jouait la satire grinçante avec trois bouts de ficelle, Paul W. S. Anderson arrive avec une artillerie lourde, des bolides blindés, et une obsession claire : l’ADRÉNALINE. Et c’est bien le premier mot qui s’impose devant ce spectacle qui ne fait pas dans la dentelle. Le film est une décharge continue. Une montée de tension mécanique qui ne cherche jamais la finesse mais assume pleinement son ADN de blockbuster brutal. Les courses sont de véritables combats de gladiateurs sur roues, filmées avec une nervosité qui colle littéralement au siège. Ça défouraille, ça explose, ça percute, ça broie de la tôle, ça tire et explose à tout va. Une guerre sur route. L’esthétique jeu vidéo évidente et assumée est paradoxalement efficace avec par instant une interface visuelle incrustée à l’écran, noms des adversaires, mini-cartes à l’écran, présentations des pilotes façon arène numérique, progression par niveaux… on est à mi-chemin entre le sport motorisé et la partie de console sous stéroïdes, mais en version plus trash, réelle, lourde et sale.
Sous cette couche de métal brûlant se cache pourtant un scénario plus structuré qu’il n’y paraît. Écrit par Anderson d’après l’histoire originale de Robert Thom et Charles B. Griffith, elle-même inspirée d’une nouvelle d’Ib Melchior, l’intrigue dépeint une dystopie située en 2011 où l’économie américaine s’est effondrée. Chômage massif, criminalité galopante, privatisation des prisons où les sociétés carcérales deviennent des entreprises de divertissement. Sur Terminal Island, une île-prison transformée en cirque motorisé, est diffusée mondialement La Course à la mort. Un concept monstrueux crédible dans sa logique médiatique. C’est dans cet enfer que l’on suit Jensen Ames, incarné par un Jason Statham parfaitement dans son élément. Ancien champion automobile, veuf malgré lui après le meurtre de sa femme par un homme masqué, il se retrouve piégé derrière les barreaux et n’a d’autre choix que d’endosser le masque de Frankenstein, pilote légendaire fraîchement décédé. Le marché est simple, cinq victoires, et la liberté. Un pitch de base solide qui permet d’installer un drame personnel fonctionnel et une mécanique de vengeance limpide. Là où le film aurait pu devenir un grand film d’action dystopique, il trébuche légèrement sur un ton parfois trop adolescent. Rap omniprésent, pin-ups de plateau, poses “cool” qui rappellent par moments l’esprit Fast & Furious et sa période tuning. Cette volonté de rendre l’univers branché affaiblit par instants la gravité carcérale que le décor cherchait à imposer. Le résultat est une grosse série B survitaminée, jouissive mais qui refuse d’assumer jusqu’au bout une noirceur plus mature qui aurait pu la hisser un cran au-dessus.
Ce jeu, qu’est-ce que j’l’aime.
Et pourtant, difficile de bouder son plaisir. Les décors carcéraux conçus par Paul D. Austerberry et Paul Hotte sont plus que convaincants avec des circuits de béton suintants et rouillés. La photographie de Scott Kevan accentue cette texture crasseuse donnant au film une teinte gris acier permanente. Les costumes de Gregory Mah participent à cette crédibilité brute, tandis que la musique étonnamment sobre de Paul Haslinger soutient l’action sans jamais la surligner lourdement. Mais le véritable trophée revient à la réalisation d’Anderson lui-même. Caméras embarquées, chocs frontaux, explosions lisibles malgré le chaos, il parvient à donner une sensation de vitesse et de masse à ses courses. Les bolides deviennent des monstres mécaniques, mi-chars mi-voitures, bardés d’armes lourdes pour un spectacle total et jouissif. Des voitures blindées, armées jusqu’aux dents et prêtes à pulvériser leurs adversaires, qui doivent rouler sur des cases spécifiques pour déverrouiller armes et défenses, comme un Mario Kart sous stéroïdes. Le tout est furieusement vénère et pousse le délire jusqu’à faire affronter aux pilotes un camion blindé transformé en machine infernale, symbolisé comme un boss mécanique qui broie tout sur son passage, et qu’il faut vaincre pour passer au niveau suivant. En revanche, le final laisse un goût mitigé. L’évasion fonctionne très bien avec le duo Statham-Gibson offrant un bel affrontement, mais la vengeance contre les deux antagonistes principaux que sont Hennessey (Joan Allen) et Ulrich(Jason Clarke) est expédiée trop vite. C’est comme si le film, après deux heures de tension constante n’avait plus assez de carburant émotionnel pour conclure pleinement. Dommage, car tout était en place pour une sortie plus mémorable. M’enfin, ils auront au moins droit à une sortie de route bien enflammée.
Côté casting, la distribution tient solidement la route. Jason Statham, dans la peau de Jensen Ames est crédible, qu’il porte ou non le masque de Frankenstein, présenté ici comme une figure mythique autrefois incarnée par David Carradine, d’ailleurs présent par un discret caméo vocal. On saisit immédiatement la rage qui l’habite par le scénario qui conduit intelligemment ce type ordinaire vers la prison où il va peu à peu comprendre les rouages du piège qui s’est refermé sur lui. Cette prise de conscience l’entraîne alors dans une spirale de vengeance totale, d’abord dirigée contre le pilote Slovo Pachenko, campé par un Max Ryan particulièrement hargneux, puis surtout contre la directrice de la prison. Joan Allen en directrice de prison Hennessey est glaciale, calculatrice, et l’incarnation parfaite du capitalisme carcéral déshumanisé. Jason Clarke, en maton Ulrich, suinte la servilité. Tyrese Gibson, en “Machine-Gun” Joe, rival flamboyant de Frankenstein, apporte une dualité crédible sur la piste. Ian McShane, en Coach, impose sa présence charismatique, même si sa rupture du quatrième mur en fin de film pourra surprendre. Natalie Martinez, en Case, copilote de Frankenstein, commence comme simple bimbo pour finalement gagner en épaisseur, preuve qu’Anderson ne la réduit pas totalement à une fonction décorative.
CONCLUSION :
Course à la mort de Paul W. S. Anderson est un spectacle d’action massif sous les allures d’une série B de luxe carburant au shoot d’énergie et à l’injection de nitro. Ce n’est ni un chef-d’œuvre, ni une dystopie profonde, mais un divertissement très efficace, qui assume son héritage pulp tout en offrant à Jason Statham un terrain de jeu cohérent à travers un spectacle brutal et viscéral. Un film qui ne cherche pas à faire réfléchir le monde mais à l’écraser sous quatre tonnes d’acier lancé à pleine vitesse à travers de belles décharges d’adrénaline.
Entre satire pulp et déluge d’acier.
Il ne reste plus que Frankenstein et “Machine-Gun” Joe. Frank est en course pour sa liberté. Joe fera tout pour l’en empêcher. C’est mano y mano, et il n’y aura pas de pitié. Ce soir, un seul homme va quitter la piste en vie. On a déjà un record de 70 millions de spectateurs. Rejoignez-les. Inscrivez-vous pour l’étape finale.