Le dernier 007 avec Roger Moore est l'occasion de dire chapeau l'artiste. Après douze ans de bons et loyaux services à sa majesté le cinoche et six belles comédies d'espionnage mouvementées, le plus dandy des 007 raccroche le smoking d'une belle façon avec ce septième opus. D'ailleurs, le méchant de Dangereusement vôtre aurait dû au départ être le dandy personnifié David Bowie. On l'a échappé belle vu que le personnage est souvent aussi bon chanteur qu'il est mauvais acteur ! Un suberbe générique aux couleurs fluos et à la musique entraînante de Duran Duran nous donne le ton : on est bien dans les années 1980. Même si le Bond de Moore assume toujours un certain côté démodé, et c'est là sa force ! A 57 piges, Roger Moore en envoie toujours autant.
Un autre personnage qui n'est pas en reste est Christopher Walken, toujours effroyable dans ses rôles de méchants. Ici, il a pu se lâcher dans le rôle de Max Zorin avec des mimiques improbables et toujours succulentes. Fruit d'expériences médicales nazies, Max Zorin est devenu un industriel très habile et respecté dans l'ère Reagan aux Etats-Unis, mais aussi foncièrement névropathe. Walken donne à la franchise son meilleur méchant, humain parce que expressif, d'une bonne humeur jamais outrée et toujours désarmante. Même quand il se sait condamné, tombant du Golden Gate, il en va de son petit rire espiègle. Sa complice, la sculpturale MayDay (interprétée par la jamaïcaine Grace Jones, qu'on avait vu dans Conan le destructeur un an plus tôt avec Schwarzy) est dans la lignée des seconds couteaux quasi-muets et aux physiques excentriques de la saga. Son côté bourru et athlétique en fait la compagne idéale de Zorin. Son retournement de veste quand elle comprend que Zorin l'a trahie et son suicide subséquent pour la bonne cause bondienne sont par contre mal mis en scène. Mais comme disait Hitchcock, quand les méchants d'un film sont réussi, le film est réussi. Cqfd.
Tanya Roberts, qui a joué dans la série Drôles de dames, inaugure un nouveau type de James Bond Girl. Le « sois belle et ouvre-la » succède au « sois belle et tais-toi », et c'est tant mieux pour la richesse des dialogues ! Bond prépare même un petit plat et garde la maison dans une scène. Un vrai homme d'intérieur ! Pourtant, il s'en va toujours par monts et par vaux, du sommet de la tour Eiffel aux galipettes sur un pur-sang. Dernière grande qualité du film, et non des moindres : les scènes d'action-aventure mouvementées, gadgetisées et loufoques sont au rendez-vous. Mais pourquoi faut-il donc que ce soit le dernier Moore ? Bon, il disait qu'il a eu honte quand il s'est rendu compte qu'il était plus vieux que la mère de Roberts : il était peut-être en effet temps qu'il passe la main.